‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 204 sur 225 · I. Cf. Vandal, III · texte numérisé non relu

I. Cf. Vandal, III

kowa, et nous refoulerons pour deux cents ans la fatalité des invasions du Nord... Après tout, cette route est la route de FInde. Alexandre était parti d'aussi loin que Moscou pour atteindre le Gange. C'est d'une extrémité de l'Europe qu'il me faut reprendre, à travers l'Asie, pour y atteindre l'Angleterre. Vous savez la mission du général Gardane et celle de Jaubert en Perse. Supposez Moscou pris, la Russie abattue, le tsar réconcilié ou mort de quelque complot de palais ; dites-moi si, pour une armée de Français et d'auxiliaires partis de Tilsit, il n'y a pas accès possible jusqu'au Gange, qu'il suffit de toucher d'une épée française pour faire tomber dans toute l'Inde cet échafaudage de grandeur mercantile. Ce serait l'expédition gigantesque du xix" siècle. Par là, du même coup, la France aurait conquis l'indépendance de l'Occident et la liberté des mers, et je tiendrais le concile de TVicée dans la Gaule. »

Villemain, ou Narbonne, exagérait peut-être aussi, comme Bernadotte. Gardons cela pourtant comme les directions idéales de la conquête impériale au cœur de la Russie.

De Dresde, Napoléon passa par Glogau. Il fut à Posen le 3o mai; il y resta jusqu'au 2 juin. Il y passa des revues. Il y jouit surtout de l'enthousiasme délirant des Polonais. Il y prépara, mais encore de loin, la résurrection de leur patrie.

Il s'annonça à Varsovie pour y attirer l'attention et les précautions militaires des Russes : c'était un des éléments de son plan de campagne. Il ne s'y rendit point, ne voulant point encore lui-même se prononcer irrémédiablement sur l'avenir de la Pologne.

Il courut tout de suite au milieu des camps. Il fut à Thorn du 3 au 6 juin ; il y passa la revue de la Vieille-Garde ; tout enflammé, à ce spectacle, d'émotion guerrière, il se prit à entonner à pleine voix le Chant du Départ, Il fut à Danzig du 7 au II, à Kœnigsberg du 12 au 17, passant des revues

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tous les jours, bourru plus que sévère, au fond heureux de contempler sa puissance, d'être le chef d'aussi magnifiques troupes, d'être la pensée d'une aussi formidable force. En ses ambitions infinies ne faut-il pas faire la part de cette joie, de cet orgueil de l'homme d'action, de mettre en jeu de pareilles énergies ?

Le moment venu de se porter au front de bataille, aux avant-postes, le mercredi 17 juin, il quitte Kœnigsberg à deux heures du matin, il passe à Wehlau et couche à Intersburg. Le 18 juin il va coucher à Gumbinnen et y reste jusqu'au 21. De bonne heure, le 21, il quitte Gumbinnen, passe à Stallupœnen, et arrive à Wilkowischki. Le 22, de Wilkowischki, il passe par Pilwischki, soupe dans le jardin du curé de Skrawden et couche à la ferme de Naugaraidski^ Ce sont les approches de Kowno et les derniers préparatifs de l'invasion.

Le passage du Niémen fut précédé des reconnaissances nécessaires où furent employés les aides de camp de l'Empereur, dans une activité fébrile : comme celle du capitaine d'Hautpoul qui fut lancée dans la vallée de la Narew jusqu'à Brest-Litowsk, à travers les forêts, pour éclairer toute la droite française, sans pouvoir déterminer d'ailleurs la position du front russe.

L'Empereur lui-même dirigea quelques-unes de ces reconnaissances suprêmes ; il ne laissa à personne le soin de fixer le meilleur endroit où il convînt de passer le Niémen. Dans la nuit du 22 au 23 juin, en berline de poste, il arrive de Wilkowischki au bivouac du 3^ chevau-légers polonais établi à environ 10 kilomètres du fleiive. Il avise à une lieue de là le petit village d'Alexota qui domine le Niémen. Il veut y aller lui-même ; il quitte son habit d'officier des chasseurs de la Garde ; il endosse la redingote d'un colonel polonais ; il se

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