‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 206 sur 225 · I. Corr. de Napoléon, XXIII, SaS-Sag · texte numérisé non relu

I. Corr. de Napoléon, XXIII, SaS-Sag

Sgo AU COEUR DE LA. RUSSIE

s'en va-t-en guerre! Ses soldats ne savaient pas trop où il les menait, vers la Russie sans doute, mais ensuite ? Vers l'Egypte, ou vers Constantinople, ou vers les Grandes Indes? « Pour moi, cela m'est bien égal, écrivait l'un d'eux, je voudrais que nous irions à la fin du monde ! »

Le passage s'acheva sans coup férir. De l'autre côté du fleuve, à peine quelques Cosaques isolés, vite dé talés, insaisissables, et, au delà, les horizons béants de la Russie mystérieuse. Pas d'armée russe : on eut l'idée que peut-être il n'y en avait pas ; que la Russie, au premier contact de l'épée du Grand Empereur, s'était efifondrée sans combat, dans quelque révolution de palais, dans quelque soulèvement de Tar tares. On s'enfonça plus avant, sur Vilna, la vieille capitale de la Lithuanie, déjà frémissante de la rés\irrection nationale.

Napoléon séjourna à Vilna du 28 juin au 16 juillet. Il y eut ses dernières relations avec l'Empereur Alexandre par l'intermédiaire du ministre de la police russe, M. de Balachofif.

Le tsar, en s'éloignant de Vilna, avait chargé ce fonctionnaire, qu'il avait sous la main, de remettre à Napoléon une lettre o\x il déclarait qu'un accommodement entre les deux puissances était encore possible moyennant l'évacuation préliminaire de tout le territoire russe par l'armée française : condition irréalisable. C'était donc la guerre inexpiable.

On sait le tour piquant que prit la conversation entre Napoléon et Balachoff* ; nous rappelons seulement qu'elle n'aboutit à rien : « Je signerai la paix dans Moscou », lui dit l'Empereur, et en le renvoyant il lui remit une lettre pour le tsar ; il y rejetait à son tour sur Alexandre la responsabilité de la rupture ; il affirmait des dispositions toujours pacifiques.

I. Cf. Thiers, XIV, 5i-6o. — Sorel, VII, 078-579. — Vandal, III, 5i5-528. — Surtout Tatistcheff. Alexandre b'^ et Napoléon, 588-6io.

en des termes extrêmement courtois, mais sans indiquer aucune base de négociation : « Il me reste à terminer en priant Votre Majesté de croire que tout en me plaignant de la direction qu'elle a donnée à sa politique, qui influe si douloureusement sur notre vie et sur nos nations, les sentiments particuliers que je lui porte n'en sont pas moins à l'abri des événements, et que, si la fortune devait encore favoriser mes armes, elle me trouvera, comme à Tilsit et à Erfurt, plein d'amitié et d'estime pour ses belles et grandes qualités, et désireux de le lui prouver ^ . »

Exquise courtoisie : le salut chevaleresque avant le duel ! Cela n'empêcha pas Napoléon de se mettre aussitôt aux afiaires de Pologne et à 1 organisation de la Lithuanie, une province russe déjà détachée de l'empire des tsars.

La Pologne avait-elle conscience de son rôle dans l'ensemble de la politique impériale ? Le baron Serra, ministre de France à Varsovie, écrivait alors' : <( Rapprochée désormais de la France, la Pologne ne saurait se méprendre sur la place qu'elle occupe dans le continent européen. La nature la destina, pour ainsi dire, à servir de boulevaid à la civihsation et à raffermissement de l'ordre politique en Europe contre les attaques de 1 Orient. Puissante jadis, elle remplit quelque temps avec gloire cette grande destination. La paix d'Oliva dévoila l'abaissement de ses forces. Un siècle plus tard, son anéantissement livrait l'Europe à la merci de l'Asie. Il est permis de croire que Votre Majesté, en autorisant son rétablissement, veut qu'elle reprenne le rang dont elle était déchue et qu'elle ne retombe plus dans l'impossibilité d'en exercer les fonctions. »

D'autre part, il y avait toujours parmi les grandes familles polonaises quelque inquiétude au sujet des bouleversements

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