‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 21 sur 225 · I. Corr. de Napoléon, XX · texte numérisé non relu

I. Corr. de Napoléon, XX

besoin de l'Etat, a été la première à faciliter le divorce. Tout me porte donc à penser que vendredi prochain un sénatusconsulte prononcera la dissolution du mariage de l'Empereur, par consentement mutuel. LTmpératrice conserve son rang, son titre et un douaire considérable. Placé sur les lieux comme vous l'êtes, monsieur, l'Empereur s'en rapporte absolument à vous sur ce qu'il convient de faire. Vous devez donc agir d'après ces trois données positives :

« 1° Que l'Empereur préfère, si vous n'avez pas d objection qui puisse faire changer son opinion, la sœur de l'Empereur de Russie d'abord ;

« 0." Que l'on calcule ici les moments, parce que tout cela étant une affaire de politique, l'Empereur a hâte d'assurer ses grands intérêts par des enfants ;

« 3* Qu'on n'attache aucune espèce d'importance aux conditions, même à celles de la religion.

« Vous avez en ce moment toute la latitude nécessaire pour vous conduire avec la prudence qu'exige la circonstance, et pour avancer, s'il y a lieu, sans plus de retardement. Il serait donc très fâcheux que la réponse que vous ferez à cette lettre nous laissât dans l'incertitude, et, soit que cette affaire dût manquer par le résultat des renseignements que vous aurez acquis et sur lesquels l'Empereur s'en rapporte à vous, soit qu'elle dût manquer par des refus de volonté de la part de la cour de Russie, le principal est que, s^il y a lieu, on puisse aller en avant. Dans toutes vos combinaisons, partez du principe que ce sont des enfants qu'on veut. Expliquez-vous donc, agissez en conséquence de la présente lettre qui a été dictée par l'Empereur. Sa Majesté s'en rapporte absolument à vous, connaissant votre tact et votre attachement à sa personne... L'Empereur désire savoir absolument avant la fin de janvier à quoi s'en tenir ^. »

I. Aff. Étr., Corr. de Russie, n» 149, P 396. — Albert Vandal, II,

LA QUESTION DU MAftIAGE IMPERIAL 47

Le 1 5 décembre en effet, l'acte du divorce fut dressé par Cambacérès, aux Tuileries. Le i6, le sénatus-consulte qui le consacrait fut enregistré par la haute Assemblée.

Le 9 janvier 1810, à défaut du pape, qui sans doute ne s'y serait pas prêté, l'officialité diocésaine et rofficialité métropolitaine rompirent le mariage religieux en une sentence où se trouve cette formule : « Le recours au pape était difficile dans le moment actuel et n'était pas nécessaire puisqu'il est reconnu que l'officialité peut déclarer la nullité du mariage entre particuliers. Pourquoi n'aurait-elle pas le même droit à l'égard des têtes couronnées? Le sacrement n'est-il pas le même pour les uns et pour les autres ^? »

En attendant les nouvelles de Russie, la conversation était soigneusement entretenue avec l'Autriche. M. de Laborde, arrivé de Vienne, affirmait à Schwarzenberg qu'il n'y avait rien de conclu, et l'engageait à « se tenir prêt à tout événement ». Joséphine conspirait pour le mariage autrichien ; M"'* de Metternich passant à la Malmaison y apprenait « des choses bien extraordinaires », Pendant les fêtes du nouvel an on ne parla naturellement que du divorce, tous également incapables de dire la solution.

Le 26 janvier 18 10 arrivèrent les dépêches de Saint- Pétersbourg.

Caulaincourt y annonçait la signature de la convention du 4 janvier, sur la Pologne, et sa ratification immédiate par le tsar Alexandie : il nous y faudra revenir. Sur le point du mariage il présentait un beau portrait de la grande-duchesse Anne : « Elle n'entre dans sa seizième année que demain 7 janvier... Elle est grande pour son âge ; elle a de beaux yeux, une physionomie douce, un extérieur prévenant et agréable, et, sans être très belle, a un regard plein de bonté... Elle tient de sa mère ; tout annonce qu'elle en aura le port

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