‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 210 sur 225 · I. Corr. de Napoléon, XXIII · texte numérisé non relu

I. Corr. de Napoléon, XXIII

rétablie et pour constituer la Diète en Confédération de Pologne.

« Alors la Diète se confédérerait, nommerait un maréchal et un conseil de la Confédération. Des comités de Confédération seraient formés dans les divers palatinats, même dans les provinces polonaises de la Russie. Des proclamations seraient lancées à travers tout le pays polonais, qui mettraient la nation tout entière dans une sorte d'ivresse. Des foyers d'insurrection s'allumeraient ainsi partout et mettraient les Russes dans une situation semblable à celle oij s'est trouvée l'armée française en Espagne et l'armée républicaine dans le temps de la Vendée et de la chouannerie. »

Les voies seraient ainsi préparées devant la Grande Armée, La nation polonaise, toute à cheval en avant du Grand Empire, reprendrait sa grande mission historique qui fut toujours de refouler la barbarie asiatique.

Ce programme eut un commencement d'exécution. Conformément aux instructions données à Tarchevêque de Malines et aux dispositions qu'il prit dès son arrivée à Varsovie, « la Confédération de Pologne » avait été solennellement proclamée par la Diète dans sa séance du 28 juin, dont nous reproduisons le compte rendu officiel '■ :

« Les deux Chambres se réunissent dans la salle du Sénat. Le Maréchal de la Diète invite le Ministre des finances, organe du Comité, à faire entendre son rapport.

« Le plus vif enthousiasme accompagne cette lecture ; des applaudissements unanimes l'interrompent à ce passage : (c La Pologne existera donc ; que dis-je ? Elle existe déjà ! » Des larmes coulent de tous les yeux, et des cris d'allégresse expriment les sentiments qui agitent tous les cœurs. Le peuple y répond par des acclamations ; le son des cloches, le bruit du canon annoncent aux citoyens cet auguste moment;

I. Aff. Etr., Corr. de Pologne, vol. 33o, P 400. — Cf. aussi Bévue des Études Napoléoniennes, II, 80-86.

après une suspension que l'émotion générale rendait nécessaire, la séance est reprise, et le secrétaire du Sénat lit l'acte de Confédération.

« L'article 2, qui rétablit le royaume de Pologne, renouvelle tous les transports. Les nombreux spectateurs, Télite des femmes polonaises qui occupe les tribunes, tout arbore les couleurs nationales. L'article 17, qui commande l'oubli du passé et prévient ainsi les dissensions civiles, excite de vifs applaudissements. Le Maréchal de la Diète prononce un discours touchant dans lequel il félicite ses concitoyens de ce patriotisme et les engage à en donner toujours l'exemple. Il rappelle ces brillantes époques de chevalerie qui distinguèrent incessamment notre nation et recommande aux mères dinspirer à leurs enfants l'amour de ces vertus nationales qui illustrèrent leurs ancêtres ; il finit par inviter les membres à signer l'acte de Confédération et déclare que toutes les clauses et restrictions que l'on pourrait ajouter à la signature la rendraient nulle.

« Cette opération terminée, les nonces Wodzyniski, Wosyk, Dembowski et Bqjanowski prennent successivement la parole; ils félicitent la Diète, au nom de la nation, de l'accomplissement de ses hautes destinées ; ils retracent avec chaleur les sentiments qu'ils éprouvent et que la Pologne entière doit partager. Ils bénissent ce jour à jamais mémorable, et ils s'estiment heureux d'y avoir eu part.

« Le président du Conseil des ministres termine la séance par un discours plein de feu ; il remercie la Providence de l'avoir rendu témoin du rétablissement de la Pologne ; il apostrophe avec éloquence les ombres des maréchaux Matachowski et Potocki, qui, morts avant cette époque, présideront du haut des cieux aux destinées de leur patrie ; il proroge la Diète jusqu'à une nouvelle convocation.

« On se rend alors à la cathédrale, où l'hymne de saint Ambroise est chanté en présence de Son Excellence l'Ambas-

SgS AU CŒUR DE LA RUSSIE

sadeur de France, de divers corps d'Etat et de toutes les corporations de métiers.

« A l'issue de cette cérémonie, des cris de « Vive l'Empereur Napoléon ! » accompagnent jusqu'à sa voiture M. T Ambassadeur ; dans les rues, le peuple les fait entendre sur tout son passage.

« Des illuminations, des feux de joie, des orchestres et des distributions de comestibles ont prolongé, longtemps dans la nuit, la gaîté qui animait toutes les classes.

« Les dames, comme par un accord magique, vinrent le soir chez M. l'Ambassadeur de France, parées d'un uniforme aux couleurs nationales. Partout on voyait l'image de la joie et du bonheur. »

Les députés de la Confédération de Pologne furent reçus solennellement par l'Empereur à Vilna; leur discours fut chaleureux ; la réponse impériale le fut beaucoup moins ; ils en notèrent la réserve : « J'ai entendu avec intérêt ce que vous venez de me dire... Dans ma position j'ai bien des intérêts à concilier et bien des devoirs à remplir... Si vos efforts sont unanimes, vous pouvez concevoir l'espoir de réduire vos ennemis à reconnaître vos droits. Mais dans ces contrées si éloignées et si étendues, c'est surtout sur l'unanimité des efforts de la population qui les couvre que vous devez fonder des espérances de succès... Je dois ajouter ici que j'ai garanti à l'Empereur d'Autriche l'intégrité de ses Etats... Que la Lithuanie, la Samogitie, Vitebsk, Polotsk, Mohilev, la Vo- Ihynie, l'Ukraine, la Podolie, soient animées du même esprit que j'ai vu dans la Grande- Pologne, et la Providence couronnera par le succès la sainteté de votre cause ^ »

La lettre suivante, de Maret à l'abbé de Pradt, est un excellent commentaire de ce discours de l'Empereur^ :

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