Corr. de Napoléon, XXIV
2. Campagnes contre les Français, aux Archives des Aff. Etr., Mémoires et Documents, Russie, 123.
3. C'est un partage de la Pologne qui résulte, paraît-il, d'une carte trouvée dans les bagages de la retraite.
4o8 AU CCEUR DE LA RUSSIE
« Cette entrevue eut lieu dans le quartier général de Kutusoif. Elle fut du plus grand intérêt. Kutusoff y mit tout son esprit (et il en avait beaucoup), et l'astuce qui distinguait éminemment son caractère. Il était entouré de son étatmajor; il reçut poliment, mais froidement, Lauriston ; il prit la lettre que Napoléon envoyait à l'Empereur Alexandre, et celle qu'il lui adressait à lui-même, et les posa sur la table sans lire la sienne.
« Il remarqua bientôt l'impatience de M. de Lauriston, et, s'en amusant, il le poussa à bout, en lui parlant pendant une heure de choses indifférentes, de son séjour à Pétersbourg, où Lauriston avait été très bien reçu dans la maison de M"**^ Kutusoff, du climat, des chemins. Enfin Lauriston le pria d'éloigner les témoins et de lire la lettre. Kutusoff la lut, après avoir éloigné tous ceux qui étaient dans sa chambre, et la remit tranquillement sur la table. Lauriston, étonné de ce sang-froid, lui dit que Napoléon désirait voir finir une guerre cruelle : « Finir ! s'écria Kutusoff ; mais elle n'est pas com- (( mencée pour nous ; c'est à présent que nous allons la faire ! » Lauriston, encore plus étonné, après quelques mots sur la position des armées, se plaignit de la barbarie des paysans russes qui immolaient à leur rage et avec une cruauté inouïe tous les Français qui tombaient dans leurs mains. Kutusoff lui répondit : « Nos paysans ne sont pas encore aussi « avancés dans la civilisation que les vôtres, monsieur le comte, « et ils ont entendu parler des anciennes invasions des Tar- « tares, des barbares que leurs ancêtres ont détruits. » A ce mot de barbares^ Lauriston s'écria. Kutusoff reprit : « Mais « nos paysans, voyant 600.000 ennemisporter chez eux le fer « et la flamme, ont pu les comparer aux barbares qui autre- « fois en faisaient autant. » Enfin Lauriston insista sur une décision. Kutusoff lui dit qu'il n'avait pas les pouvoirs de la donner, mais qu'il enverrait un courrier à l'Empereur. Lauriston demanda que, pour accélérer la course de ce courrier,