‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 24 sur 225 · LE SÉNATUS-CONSULTE DU 17 FÉVRIER · texte numérisé non relu

LE SÉNATUS-CONSULTE DU 17 FÉVRIER

Quoi qu'il en soit, nous sommes en présence d'un des eA'énements essentiels du règne, aussi expressif que le sacre, suite du sacre. Il se range directement dans la tradition impériale : l'héritière des Habsbourg, Empereurs du Saint- Empire, apporte avec elle leur succession et toute leur dignité historique ; le roi de Rome sera par elle l'héritier de toute la lignée des Empereurs depuis Charles-Quint. C'est la couronne impériale toujours élective, toujours au plus digne, mais légitimée jadis par le sacre, aujourd'hui par le mariage impérial.

Albert Sorel ne veut voir en cet acte que la volonté de Napoléon d'apparaître comme « le conservateur de l'ordre monarchique». — En aucune manière : le second mariage de Napoléon n'est pas un acte banal de conservation ; c'est un acte décisif de conquête, qui l'oblige à achever l'Empire en y soumettant le reste des rois. Il ne perd pas sa pensée hautaine dans un système politique décrépit ; il annexe l'ancien Empire à ses ambitions impériales.

LE SÉNATUS-CONSULTE DU ly FÉVRIER 181O

En attendant l'arrivée de l'épousée, on lui prépara une impériale corbeille.

Le 3o janvier 1 8 1 o fut adopté un nouveau sénatus-consulte sur la dotation de la couronne. Six ans après celui du iH mai i8o4, il marque une date, une étape, aussi importante dans la carrière de lEmpereur.

En i8o4, l'Empereur n'avait pas d'enfants. L'hérédité directe ne pouvait donc être qu'une hypothèse, et il y fut surtout question d'adoption et de succession indirecte : les droits de Joseph et de Louis y furent particulièrement consacrés.

S4 « l'A. KiLLE DES EMPEEUELIRS »

Ici il n'y a déjà plus de place pour les collatéraux. Oq y règle les apanages qui seront dus aux princes fils puînés de 1 Empereur, aux descendants mâles de ces princes, les partages à faire entre les enfants des deux sexes qu'aura 1 Empereur. « Tout, dit Frédéric Masson ', est ici dans le rapport unique de l'Empereur à ses descendants, sans nulle allusion à ceux qui sont encore les héritiers présomptifs de l'Empire, aux frères de l'Empereur et à leurs enfants. » Prétention significative : tout est préparé pour la ligne directe, tout lui sera ramené.

Et d'abord l'Italie et Rome. L'Italie avait été promise à Eugène dans le Statut constitutionnel du royaume, à défaut d'héritiers directs de l'Empereur. Or, l'Empereur va en avoir ; car cela ne fait nul doute ; il aura un fils puisqu'il le veut. Donc il faut chercher autre chose, par application même de ce Statut constitutionnel du royaume d'Italie. Et il faut aussi donner quelque satisfaction à Joséphine en assurant à ses enfants le brillant avenir qui leur avait été promis et qu'ils méritent par leur attachement à l'Empereur, même après le divorce.

Hortensc, dont les fils auraient dû régner, considérés déjà comme les fils adoptifs de l'Empereur, eut la principauté d'Ecouen, avec le titre de Princesse protectrice des maisons d'Ecouen et de Saint-Denis, outre Saint-Leu, les revenus attribués au grand-duc de Berg, et beaucoup de belles indemnités sous des titres divers.

Eugène, le vice-roi, reçut une principauté de Raab, appuyée de ïo millions de capital pris en Saxe, à Danzig et autres lieux, plus 2 millions sur le Canal du Midi et 2 millions sur l'emprunt de la Ville de Paris. Il jouira donc dès à présent, dit une note de l'Empereur, de i.Soo.ooo francs de rente; mais, comme il n'en a pas besoin, on les emploiera, ou en

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