I. Corr. de Napoléon, XX
était bien sage, on lui arrondit ses domaines et ses revenus ; on lui constitua le grand-duché de Francfort, avec Hanau, Wetzlar, Fulda, etc. ; et il reconnut le prince Eugène pour son successeur à titre héréditaire : ce fut l'objet du traité qui fut signé avec lui le i6 février 1810,
Eugène ne sera grand-duc de Francfort que dans un avenir lointain, d'abord parce qu'il faut espérer que Dalberg vivra encore de longues et heureuses années (il n'a que soixante cinq ans) , et surtout parce que, comme on l'a vu plus haut, il doit garder vingt ans la vice-royauté d'Italie. — Pourquoi vingt ans ? — Pour que le fils de l'Empereur, le Roi de Rome, ait eu le temps de grandir ; quand il aura vingt ans, il prendra la vice-royauté d'Italie ; sous la direction de l'Empereur il y fera son apprentissage politique. Il apprendra à gouverner l'Empire en gouvernant d'abord l'Italie : ^'apoléon lui-même n'a-t-il pas commencé sa carrière politique à Milan ? — Car c'est l'Italie qui forme les Empereurs ; elle est la terre classique de l'Empire ; elle est l'école de la politique. Les conceptions de Napoléon sont ici pleines de sens romain.
Albert Sorel et après lui Frédéric Masson ' estiment que l'Italie était réservée au second fils de l'Empereur, et cela d'après un propos de Napoléon recueilli par Antommarchi, le 26 janvier 1821. Nous trouvons la caution insuffisante, et nous y reviendrons^. Pour l'instant, nous croyons que cette combinaison est en contradiction absolue avec les conceptions politiques de l'Empereur à la date où nous sommes, et nous nous fondons sur le sénatus-consulte du 17 février 18 10, qui, au lendemain du traité qui créait le grand-duché de Francfort, en était en vérité le complément grandiose.
On n'a pas dit toute l'importance de cet acte qui n'est pas
1. A. Sorel. L'Europe et la Révolution française, VII, 438. — F. Masson, Napoléon et sa famille, V, 21.