LE SÉNATUS-COÎJSULTE DU 17 FÉVRIER
dignitaire de la couronne. Elle sera plus tard au prince impérial, au roi de Rome. Par elle, Tltalie, qui est le lieu de 1 Empire, sera pour le roi de Rome l'école de l'Empire.
Que l'on suppose un moment de durée à ces grandes concep'ions ; que Ton suppose une dynastie napoléonienne telle que Napoléon pouvait espérer la fonder : — Le couronnement de Napoléon en l'église Saint-Pierre de Rome inaugure cet avenir ou ce cycle historique reconstitué ; le fils de l'Empereur, roi de Rome, puis roi ou vice-roi d'Italie, devient Empereur, à la mort de son père, et, après le temps convenable, il est couronné à Notre-Dame, à Paris, la capitale du Grand Empire. Au bout de dix ans, par une sorte de promotion décisive qui le rend digne des anciens maîtres de la terre, il monte au Capitole, il est Empereur romain. Ainsi, au moyen âge. le roi des Romains, devenu Empereur, allait chercher en Italie la couronne de fer et la couronne impériale. On suivrait cette sorte de conquête de l'autorité impériale sous ces trois titres successifs : le roi de Rome, — l'Empereur, — 1 Empereur romain ; — l'Empire part de Rome et revient à Rome.
Nous n'avons sollicité les textes en aucune manière ; nous avons voulu les reproduire, les suivre et les analyser de tout près. Qui donc niera maintenant que Napoléon ait voulu reconstituer l'Empire romain, l'unité de commandement ? Nous y trouverons, au courant de ce volume, la clef de toutes ses entreprises et leur explication certaine.
Nous y dénoncerons Terreur fondamentale de Sorel, trop longtemps admise et qui rendra précaire la fortune de son grand ouvrage, celle qui représente Napoléon, continuateur du Comité de Salut public, comme obligé de se défendre contre « l'éternelle coalition de l'Europe », acharnée à lui reprendre les grandes frontières de la France républicaine. — Napoléon ne songe-t-il donc qu'à défendre la ligne du Rhin lorsqu'il prépare vers les siècles prochains le grand
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cycle des destinées impériales, lorsqu'il veut achever par la défaite de la Russie la conquête de l'Orient et la reconstitution de FEmpire de la Méditerranée, lorsqu'il donne à son fils le titre de Roi de Rome, lorsqu'il annonce son second couronnement dans l'Egfise Saint-Pierre de Rome?
Sorel le voit à cette date déjà fatigué d une défensive impossible, dune lutte interminable où il allait être vaincu, et voici comme il le représente au lendemain de Wagram * :
« Napoléon parut vieilli, alourdi, engraissé. 11 se trahit dans tout son être un je ne sais quoi d arrêté, de dégénéré presque, La magnifique croissance de son génie sembla désormais suspendue : il n'inventait plus, il se continua... L'immense illusion qu'en prenant une femme de naissance impériale ou royale il changerait le cours des affaires, les destinées de la Révolution en Europe, sa propre destinée enfin, décèle en lui une altération profonde de ce sens commun dans la pratique des affaires qu'il poussait jusqu'à la grandeur, et qui avait été, en politique, son plus puissant moyen d'action. Il croyait parvenir à ses fins en s'engageant sur les anciennes routes royales ; il s'entravait tout simplement dans les ornières delà vieille Europe. Il a triomphé de tous, parce qu'il est différent de tous et supérieur. Il se ravale désormais au niveau du vulgaire des souverains et devient un monarque comme les autres. Ainsi, au Bonaparte maigre, inquiétant, prestigieux, que le monde proclamait incomparable, \ homme que nul n'avait connu et que le monde ne devait plus revoir, avait succédé le masque du César classique : une médaille frappée par un coin tiré du grand médaillier romain, au lieu du camée unique, chef-d'œuvre d'un artiste sans pareil. »
Toute cette page, malgré les heureuses formules, n'est qu'un contre-sens.