‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 31 sur 225 · I. Aff. Étr., Corr. de Vienne, n° 385, f'^^ 37, 5o · texte numérisé non relu

I. Aff. Étr., Corr. de Vienne, n° 385, f'^^ 37, 5o

LE MA'.IIAGE AUTRlCtlIEiX 65

La nouvelle aussitôt jaillit à travers la ville. La joie, selon Otto, fut universelle et quasi-irrésistible. L Empereur montra « un contentement extrême ». Le conseiller Hudelist s'écria : « Cette époque est la plus heureuse pour la monarchie autrichienne ; nous n'avons jamais de succès à la guerre, et nous devrions nous en tenir à notre ancienne devise :

Bella gérant alii ; tu,felix Austria, nube. »

On donne à l'archiduchesse le nom de Louise la Pieuse, et l'on dit qu'il est juste qu'elle partage le trône de saint Louis. Elle est elle-même de la meilleure humeur du monde, et chacun le remarque,

A la ville, on embrasse les officiers français, c'est une ivresse générale ; on cite ce que leur disent des officiers autrichiens : « Faites en sorte que nous puissions nous battre à côté de vous ; vous nous en trouverez dignes » .

Les gens d'affaires, les négociants se mettent « en mouvement ». Ce sont là, affirme Otto, les véritables sentiments de cette nation, si longtemps obligée de se montrer notre ennemie.

L'ambassadeur fut pris par cet enthousiasme unanime, où il faut bien admettre, quoi qu'on en ait dit, qu'il y eut une part de sincérité : « Tout le monde pense que cette alliance assurera pour longtemps la tranquillité de l'Europe, qu'elle forcera l'Angleterre à faire la paix, qu'elle donnera à l'Empereur tout le loisir nécessaire pour organiser suivant ses hautes conceptions le vaste Empire cpi'il a créé, qu'elle influera sur la destinée de la Turquie, de la Pologne et de la Suède... Quant au gouvernement anglais, je ne pense pas qu'il lui soit possible de détourner le coup que lui portera ce grand événement. Le parti de la nation triomphera enfin de la cupidité des agioteurs, des passions haineuses du ministère et de la fureur guerroyante et constitutionnelle du roi.

Dkiault. — Grand Empire. 5

L'humanité se reposera à l'ombre des lauriers de notre auguste Empereur, et, après avoir conquis la moitié de FEurope, il ajoutera à ses nombreuses victoires la plus difficile et la plus consolante de toutes, la conquête de la paix générale * . »

Puis on se donna aux préparatifs des fêtes, un peu assombris par la nouvelle de l'exécution d'Andréas Hôfer, fusillé dans les fossés de Mantoue. Les cérémonies se prolongèrent du 5 au i3 mars. Berthier fut l'objet « d'attentions absolument exceptionnelles ». Le mariage fut célébré à Vienne le dimanche 1 1 mars. Tout se passa le mieux du monde.

Les décorations les plus hautes furent échangées entre les deux Empereurs des deux cours ; elles firent beaucoup dheurciux. Napoléon cependant avait prévenu qu'il n'accepterait pas la Toison d'or, « d'abord parce qu'il la tenait de l'Espagne, et ensuite à cause des prétentions de la France sur cet ordre d'origine française ». Car il se rappelait que la Toison d'or avait été instituée par le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, en 1435. La cour de Vienne ne souleva point d'incident sur ce point qui en d'autres temps eût pu prendre de la gravité.

Sans doute, parmi ce concert de satisfactions, il y eut quelques cris, quelques murmures, juste ce qu'il en fallait pour mieux faire ressortir la joie générale. « Une faction étrangère» en effet était, dit Otto, « prête à tout entreprendre pour combattre le génie de la paix » .

Ainsi l'archevêque de Vienne, sous l'influence du nonce et de quelques prêtres émigrés, pensa attribuer de l'importance à r excommunication prétendue de l'Empereur : il fallut lui démontrer qu'il n'avait jamais été question de cela. Il fit encore des difficultés au sujet des pièces relatives à la nullité du premier mariage, estimant l'autorité de l'officialité

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