‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 42 sur 225 · Sorel, VII, 4i-i · texte numérisé non relu

Sorel, VII, 4i-i

LE SVSIKME UYNASriQi E 79

nitivement les royaumes rebelles ; au dehors, en chassant de rOrient la Russie barbare pour fermer le cercle de la Méditerranée des Césars, pour refaire le monde romain.

En attendant ce grand œuvre dont le terme paraît prochain, la paix permet la transformation de Paris selon une même image. On élève la Colonne de la Grande Armée, semblable à la Colonne Trajane, le Temple de la Gloire selon les lignes classiques de la Maison carrée et des basiliques antiques, TArc de Triomphe imité de ceux de Titus ou de Constantin. Paris est frappé à jamais de la marque impériale, romaine, et l'Empereur dessine à travers le quartier de Chaillot la Voie sacrée qui conduira à TArc de Triomphe et au palais du Roi de Rome, par les Champs-Elysées, symbole de la grande paix française qui enfin épandra ses bienfaits sur le monde.

Nulle histoire plus glorieuse que celle de la Pologne, depuis les Jagellons et Jean Sobieski. Elle avait mené pendant des siècles, aux frontières de TEurope, une carrière glorieuse, épique. Elle avait sauvé la chrétienté en i683. Son passé est plein de ces souvenirs héroïques qui font les patries fortes et aimées, les patries immortelles.

Son démembrement et sa destruction avaient été le scandale de la fin du xv!!!** siècle. L'Europe en demeurait honteuse. Au vrai, Catherine II n'avait pas voulu la partager ; elle y avait été obligée par Frédéric II, car la Prusse s'entendait à mutiler ou opprimer les peuples. La Pologne parut morte. Mais les Polonais étaient pleins de son culte ; ils réclamaient leur patrie : elle vivait en leur conscience, et c'est ce qui importe le plus.

Un des grands desseins du tsar Alexandre P'. peut-être celui qui caractérise le mieux son règne, fut de restaurer la Pologne, de refaire son unité, et de la fondre dans la grande unité slave. Il y pensa prévenir Napoléon, et en i8o5, sur les conseils de son ami le prince Adam Czartoryski, il fut sur le point de proclamer la résurrection du royaume de Pologne ; mais il était allié de l'Autriche, il recherchait l'alliance

LA QUESTION DE POLOGNE 8l

de la Prusse : quand le gouvernement de Saint-Pétersbourg s'accorde avec ceux de Vienne et de Berlin, ce ne peut être que pour maintenir le crime qu'ils ont commis ensemble. L'intention persistait cependant chez le tsar de résoudre le problème polonais, de réparer « l'odieux du partage ».

Ainsi Napoléon, pour consoler Venise du démembrement de son Empire maritime, la prenait toute dans son royaume d'Italie, et tentait de reconstituer tout son héritage méditerranéen.

Ce fut donc Napoléon qui, en Pologne, prévint Alexandre attardé à d'autres combinaisons. Jusqu'alors la France y était peu connue ; quelques rares souvenirs et sans grande valeur y étaient seulement entretenus autour du nom de Henri III, ou de Stanislas Leczinski, ou de quelques gracieuses reines venues de France. Mais les Polonais, dans l'attente de la délivrance, mirent leur espoir dans la France révolutionnaire où ils envoyèrent des volontaires, dans la grandeur conquérante de Napoléon ; ils furent parmi les plus beaux soldats de la Grande Armée.

La Pologne, frémissante de patriotisme et de foi, fut aux pieds et à la disposition de Napoléon.

Il la releva. Il lui refit un noyau de patrie avec les provinces prussiennes, avec Varsovie. Il excita ses plus grandes espérances ; elle attendit avec assurance les glorieux lendemains.

Le Duché de Varsovie fut organisé à Tilsit ; il reçut des mains de l'Empereur sa constitution à Dresde, le 22 juillet 1807 '. Il eut un gouvernement particulier, distinct même de celui de la Saxe, sous la direction d'un Conseil d'Etat; il fut administré selon les règles de la plus rigoureuse centralisation, instrument d'une forte action nationale; il y eut de la vie politique aux séances de la Diète, des débats autour

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