‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 52 sur 225 · I. Grand-Duc Nicolas Mikh., Relations..., I · texte numérisé non relu

I. Grand-Duc Nicolas Mikh., Relations..., I

LA CO?JVENTION DU ) JANVIER 1810 gS

pas cette pensée f^du rétablissement de la Pologne), pourquoi affecte-t-on chaque jour, dans tous vos papiers publics, de nommer l'armée du grand-duché de Varsovie armée polonaise, le duché Pologne, etc. ? Le veut-on, ce rétablissement? Il faut le dire, et me répondre. Ne le veut-on pas? Pourquoi alors le donner à penser ? Pourquoi troubler la tranquillité de l'Europe, exciter les Polonais et avoir des mauvais procédés gratuits pour un allié qui a tout fait, qui fait tout encore pour votre cause? »

La méfiance grandissait avec l'attente prolongée, et la question de Pologne s'aggravait, pour ainsi dire, de courrier en courrier : — « Prêcher la Pologne dans les gazettes, disait encore le tsar, nourrir cette idée dans tous les esprits, c'est comme si nous prêchions la révolte aux provinces que vous avez nouvellement acquises, aux Etats dont vous avez changé la forme et le gouvernement ». — Et Roumiantzofif : « La Russie fera tout pour conserver l'alliance ; mais que l'Empereur Napoléon ne la sacrifie pas aux idées de Pologne ».

Et l'on demandait enfin une réponse au projet du 17 mars ; on insistait, Kourakin fit une démarche en ce sens auprès de Napoléon le 3o juin, communiquant cette phrase d'une lettre de Roumiantzofif que « le bruit s'accrédite de plus en plus de l'intention de l'Empereur Napoléon de rétablir la Pologne, confirmé par le silence que l'on y garde à Paris sur le projet de convention », — Voici la réponse de l'Empereur, irrité des « soupçons injurieux » dont on enveloppe ses démarches les plus franches : « Que prétend la Russie ? Veut-elle la guerre ? Pourquoi ces plaintes continuelles? Si j'avais voulu rétablir la Pologne, je l'aurais dit, et je n'aurais pas retiré mes troupes d'Allemagne. La Russie veut-elle me préparer à sa défection ? Je serai en guerre avec elle le jour où elle fera sa paix avec l'Angleterre.

« N'est-ce pas elle qui a recueilli tous les fruits de l'alliance? La Finlande, cet objet de tant de vœux, de tant de combats,

dont Catherine II n'osait pas même ambitionner quelque démembrement, n'est-elle pas, dans toute sa vaste étendue, devenue province russe? Sans l'alliance, la Moldavie et la Valachie resteraient-elles à la Russie? Et à quoi m'a servi l'alliance? A-t-elle empêché la guerre contre FAutriche, qui a retardé les affaires d Espagne ? Est-ce Talliance qui a fait les succès de cette guerre? J "étais à Vienne avant que l'armée russe fût rassemblée. Cependant je ne me suis pas plaint, mais certes on ne doit pas se plaindre de moi. Je ne veux pas rétabhr la Pologne. Je ne veux pas aller finir mes destinées dans les sables de ses déserts. Je me dois à la France et à ses intérêts, et je ne prendrai pas les armes, à moins qu'on ne m'y force, pour des intérêts étrangers à mon peuple.

« Mais je ne veux point me déshonorer en déclarant que le royaume de Pologne ne sera jamais rétabli, me rendre ridicule, et, parlant le langage de la divinité, flétrir ma mémoire en mettant le sceau à cet acte d une politique machiavélique. Car c'est plus qu'avouer le partage de la Pologne que de déclarer qu'elle ne sera jamais rétablie. Non, je ne puis pas prendre l'engagement de m'armer contre des gens qui ne m'ont rien fait, qui m'ont bien servi, qui m'ont témoigné une bonne volonté constante et un grand dévouement. Par intérêt pour eux et pour la Russie, je les exhorte à la tranquillité et à la soumission ; mais je ne me déclarerai pas leur ennemi, et je ne dirai pas aux Français : Il faut que votre sang coule pour mettre la Pologne sous le joug de la Russie. Si jamais je signais que le royaume de Pologne ne sera pas rétabli, c'est que j'aurais l'intention de le rétablir ; ce serait un piège que je tendrais à la Russie, et l'infamie d'une telle déclaration serait effacée par le fait qui la démentirait.

« J'ai montré de l'empressement à satisfaire l'Empereur de Russie en envoyant une convention toute ratifiée ; elle renfermait tout ce que je pouvais raisonnablement promettre

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