‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 56 sur 225 · I. Corr. de Napoléon, XXI · texte numérisé non relu

I. Corr. de Napoléon, XXI

NOUVELLE EXTENSION DE L EMPIRE FRANÇAIS lOI

pour lui plaire. Du moins la mer Adriatique n'était pas sur ses rivages, La mer Baltique lui importait davantage ; elle y vit venir alors avec une émotion toute naturelle une nouvelle pénétration de la puissance française.

Sans doute, l'avènement de Bernadotte en Suède ne fut pas proprement un fait de politique napoléonienne. Cependant il était difficile que la Russie n'y vît pas une intervention personnelle de l'Empereur. Car elle pouvait savoir qu'il n'avait jamais cessé de s'intéresser à tout ce qui s'y passait. La Suède en effet était utile à prendre ; Gustave IV avait toujours montré pour Napoléon une haine de maniaque, sinon dangereuse, en tout cas agaçante. Ainsi les ports suédois, et surtout celui de Gothembourg, étaient devenus, faute de Copenhague, de formidables entrepôts de marchandises anglaises ; Napoléon maintes fois avait dû adresser au gouvernement de Stockholm des sommations menaçantes, une notamment en mai 1810.

Gustave IV avait abdiqué en 1 809. Son oncle, Charles XIII, qui lui succéda, n'avait pas d'enfants; son héritier présomptif fut le prince d'Augustenbourg, qui mourut subitement le 28 mai 18 10.

Le 2 juin, dans le désarroi qui en résulta, Charles XIII implora Napoléon pour qu il reconnût comme prince royal le deuxième prince d'Augustenbourg, frère du défunt. Il fut aussi question du roi de Danemark, Frédéric VI, dont la candidature eût pu restaurer l'ancienne union Scandinave : une combinaison qui n'eût pas déplu à Napoléon. Pourtant il n'y insista point, ne prenant pas un grand intérêt à ces choses du Nord, et il se montra disposé à agréer le second prince d'Augustenbourg. Alquier fut désigné à cette occasion pour l'ambassade de Stockholm.

Mais des officiers suédois entrèrent en relations avec le prince de Ponte-Corvo et lui proposèrent d'assurer son élection comme prince royal. Il ne se déroba point ; il en fit

part à l'Empereur. Napoléon eût préféré le prince Eugène, à qui il en parla, mais qui refusa. L'Empereur, toujours assez distrait au sujet de ces pays lointains, n'insista pas, ne décida rien, ne pressa même point le départ d'Alquier : le nouvel ambassadeur ne devait arriver à Stockholm qu'après l'élection, qui sans doute aurait été dififérente s'il avait été là.

On connaît les faits '. La diète de Stockholm hésitait sur les nouvelles assez incohérentes venues de Paris, et elle allait se prononcer apparemment pour la candidature du prince d'Augustenbourg. Un certain Fournier, simple agent d'observation de Champagny, sans instructions, répandit le bruit que l'Empereur désirait l'élection de Bernadotte ; lafifaire fut vite menée et enlevée, Bernadotte fut élu le 21 août. Dans ces circonstances, il n'est pas surprenant que le sentiment ait été unanime que Napoléon était en effet intervenu et avait ainsi assuré le résultat. D'ailleurs, le nouveau prince royal de Suède fut chaudement félicité par l'Empereur et comblé de faveurs ; Napoléon dit lui-même à Metternich : « Dans tous les cas, je n'ai pu me refuser à la chose, parce qu'un maréchal français sur le trône de Gustave-Adolphe est un des plus jolis tours joués à l'Angleterre » ".

En fait, Bernadotte ne devait pas sa couronne présomptive à l'Empereur, Il le savait. Il était plutôt heureux de s'évader ainsi d'une autorité qu'il avait toujours mal supportée : car il ne pouvait pas être destitué du trône de Suède par un décret ni par un sénatus-consulte ; il y était en totale indépendance plus que Murât à Naples, ou même que Joseph, son beaurère, à Madrid.

Et il n'y eut aucun accord réel entre la France et la Suède.

Il paraît que Bernadotte fit des avances à Napoléon et lui

emanda son alliance pour prendre la Norvège au Danemark.

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