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LA RUPTURE ÉCONOMIQUE II

se disent brésiliens, et qui sont évidemment des vaisseaux anglais. D'ailleurs, le Brésil peut-il être considéré comme neutre ? N'est-il pas sous la domination économique de l'Angleterre ? « Parlons franchement, répondit le tsar à Gaulaincourt ; quel est pour la France le but des mesures que vous prenez ? C'est d'avoir seule le bénéfice du commerce des denrées coloniales, d'en avoir le monopole ^ »

Le 3i décembre 1810, le tsar Alexandre rendit un oukase, par lequel il ouvrait les ports russes aux vaisseaux américains, et, à cause du cours du change, pour limiter le chifi're des importations qui pouvaient produire par leur excès une crise du numéraire en Russie, il interdisait l'entrée des produits manufacturés en France.

Roumiantzofif fournit quelques explications : « Il s'agit de soutenir le change, et de donner ainsi à la Russie le moyen de soutenir le poids de la guerre contre l'Angleterre. » En fait, c'était une rupture. Caulaincourt y voyait une violation de l'article 27 du traité de Tilsit. Cela se pouvait discuter. Mais, incontestablement, c'était une rupture de l'alliance de Tilsit, puisque non seulement la Russie reprenait sa liberté d'action politique, donc économique, mais en outre cessait d'observer le système continental contre l'Angleterre.

Dès lors les relations avec la France ne pouvaient manquer d'être très difficiles. Caulaincourt fut remplacé à l'ambassade de Saint-Pétersbourg parle général comte de Lauriston. Ecrivant à ce propos au tsar Alexandre, l'Empereur se plaignait : « Le dernier oukase de Votre Majesté, dans le fond, mais surtout dans la forme, est spécialement dirigé contre la France... Déjà notre alliance n'existe plus, dans l'opinion de l'Angleterre et de l'Europe ; fùt-elle aussi entière dans le cœur de Votre Majesté qu'elle Test dans le mien, cette opinion générale n'en serait pas moins un grand mal. » Après avoir

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