‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 65 sur 225 · Aff. Etr., Corr. d Autriche, vol. 385 6Js, f · texte numérisé non relu

Aff. Etr., Corr. d Autriche, vol. 385 6Js, f

2. Cf. A. Vandal, II, 367-376, 393-4o3. — Aff. Étr., Corr. d'Autriche, vol. 385 bis, f^« 9, 19 : le prince de Metternich à Otto.

LA BARRIÈRE DU DANUBE II9

Les positions diplomatiques respectives se précisaient peu à peu.

Le 20 juillet 1810, donc tout à fait dans le même temps, Champagny adressait à Caulaincourt la note suivante où Ton entend le langage du maître : « Les armées russes ont obtenu des succès contre les Turcs ; le Danube a été passé, la ville de Silistrie prise. Le grand-vizir est serré de près dans son camp de Choumla. Les pourparlers pour la paix n'ont amené aucun résultat ; on l'a attribué à l'excès des prétentions élevées par les Russes. L'Empereur ne le croit point. A tout événement, l'Empereur veut que je vous fasse connaître quel est à cet égard le fond de sa pensée. Sa Majesté ne souffrira à aucun prix que le Danube cesse d'être la barrière qui sépare l'Empire ottoman de la Russie. Elle s'opposera de tous ses moyens à tout traité, à toute transaction qui donnerait aux Russes la possession d'une seule place sur la rive droite du Danube, ni d autres avantages que ceux qu'assure le traité d'Erfurt, c'est-à-dire la possession de ce qui appartenait à la Turquie sur la rive gauche du Danube. Vous n'êtes point du tout, monsieur, chargé de faire cette déclaration. l'Empereur la croit inutile ; mais il vous recommande de rappeler, sans ostentation, sans témoigner de défiance, au ministre russe la nature de ses engagements avec nous, et les limites dans lesquelles le traité d'Erfurt l'oblige de renfermer ses prétentions. L'Empereur tient ce qu'il a promis à la Russie ; la Russie ne doit pas être moins fidèle aux promesses qu'elle a faites. Ces promesses seraient également violées si la Russie se mêlait en quelque sorte des Servions . Elle ne peut conserver de l'influence sur la rive droite du Danube comme y posséder une seule forteresse, sans mettre en danger l'indépendance de la Porte : ce qui changerait tout l'ordre de choses qu'on a voulu consolider à Erfurt. »

Dans la même dépêche, notons quelques propos amers à l'adresse de M. de Roumiantzoff : « L'Empereur a vu, mon-

sieur, je ne sais si c est dans les rapports que vous lui avez adressés, que M. de Romanzow vous avait dit que TEmpereur avait poussé les Turcs à faire la guerre à la Russie et qu'ainsi, c'est malgré lui qu'elle avait obtenu la Valachie et la Moldavie. L'Empereur aurait voulu que vous eussiez fortement relevé ce propos en répondant que s'il n'était pas entré dans sa politique et dans sa volonté que la Valachie et la Moldavie fissent partie de l'Empire russe, ce n'aurait pas été par de misérables intrigues qu'il s'y serait opposé, mais par une armée de 4oo.ooo hommes qui aurait pu changer la destinée de ces provinces. L'Empereur trouve que M. de Romanzov^ a tout à fait désappris ce pays-ci. Ses propos depuis quelque temps sont amers lorsqu'ils ne sont pas insultants ; il semble qu'il prenne plaisir à supposer des torts à la France. L'Empereur pense qu'en lui répondant convenablement, Votre Excellence mettra un terme à ce langage injurieux non moins qu'injuste. Il me charge de vous y inviter. »

Quelques jours plus tard, Champagny, ou Napoléon, redoublait en formules vigoureuses : « ... Et qu'on ne croie pas, monsieur, que l'Empereur n'est pas en mesure de faire de nouveau la guerre sur le continent. S'il a 3oo.ooo hommes en Espagne, il en a 4oo-ooo en France et ailleurs ; l'armée d'Italie est encore tout entière. L'Empereur pourrait, au moment où la guerre éclaterait, se présenter sur le Niémen avec une armée plus considérable que celle qu'il avait à Friedland. Son intime union avec l'Autriche lui permettrait de compter sur l'appui de cette puissance déjà fort alarmée du progrès des armées russes en Turquie.

«... L'Empereur sans doute ne veut pas faire la guerre, mais il la ferait sur-le-champ si la Russie se rapprochait de l'Angleterre ; le premier pas pour ce rapprochement amènerait tout de suite la déclaration de la guerre \ »

Page 1