JOSEPH EN ESPA.GNE
qu'il reviendrait aux affaires d'Espagne, après avoir vaincu l'Autriche, mais peut-être avec d'autres dispositions, ses ambitions élargies par ses victoires nouvelles.
Joseph y était résigné. Il ne se plaisait pas en Espagne ; il n'y était pas en sûreté : un trône chancelant, battu des vagues de l'insurrection ; il ne demandait pas mieux que de s'en aller dans un pays plus tranquille, où il aurait loisir de réaliser toutes ses conceptions du gouvernement paternel.
Après Wagram, il parut que le dénouement des affaires d'Autriche était proche. Il arriva des nouvelles d'Altenbourg puisqu'on en attendait et qu'on y aida : l'Empereur se proclamera Roi d'Espagne. Joseph sera roi d'Italie, le prince de Ponte-Gorvo roi de Portugal, Berthier vice-roi d'Espagne. Eugène sera nommé roi des pays conquis sur l'Autriche. L Empereur d'Autriche sera réduit aux royaumes de Bohême etde Hongrie. Le grand-duc Constantin sera roi de la Turquie d'Europe ; une garnison franco-russe sera établie aux Dardanelles \
La promotion était, on le voit, assez étendue.
Joseph se montra impassible devant tant de nouveautés. Il eût sans doute été ravi de changer de péninsule, mais il n'était pas assuré que l'Empereur lui céderait l'Italie. Il se souvenait des circonstances où Napoléon avait pris pour luimême la couronne de fer. Il y avait d'ailleurs encore d'autres invraisemblances dans les communications venues d'Altenbourg. Les imaginations sont naturellement aventureuses en ces temps fertiles en bouleversements réels presque aussi extraordinaires que les fantaisies les plus hardies .
Pourtant les nouvelles vraies, qui arrivèrent dans les der-
I. Geoffroy de Grandmaison, Corr. du comte de La Forest, ambassadeur de France en Espagne {1808-1813), III, 49. — Nous suivons ici la publication de M. Geoffroy de Grandmaison quia dépouillé fort diligemment la Correspondance politique des Affaires Etrangères, fonds Espagne ; on voudrait que les autresfonds fussent publiés de même : ce serait un grand service rendu aux travailleurs.
Driault. — Grand Empire. rj
l3o li ESPAGNE ET JOSEPH
niers jours d'octobre, étaient moins étonnantes : la réalité est toujours prosaïque. Il ne s'agissait que de modifications médiocres apportées aux situations antérieures. En dehors des clauses du traité de Vienne oij il n'était pas question de TEspagne, ni de l'Italie, ni des Dardanelles, on se persuada qu'il y aurait partout des contre-coups des événements de l'Europe centrale. On raconta que l'f^spagne serait démembrée jusqu'à TÈbre, et qu'elle aurait le Portugal en compensation.
Joseph en fut ému ; il observa que ce serait avoir un bras coupé et un poids énorme à l'autre bras. Et, comme il avait des moments d'énergie, en paroles, il déclara qu'il ne serait pas l'instrument d'une pareille transaction, qu'il ne se prêterait pas à une telle mutilation de son royaume. Il y eut îà dessus baisse sur les cours du change.
A ce moment, une mauvaise nouvelle, hélas ! aussi authentique que possible, arriva d'Autriche. Le maréchal Soult était nommé major-général de l'armée française en Espagne, et il devait en prendre les fonctions aussitôt, dès le 6 novembre 1809 : — un signe funeste pour l'indépendance de la couronne de Joseph.
Dans ces conditions, que pouvait-on attendre du prochain voyage de l'Empereur en Espagne, annoncé avec éclat dans son discours au Corps Législatif, le 4 décembre 1809 : « Lorsque je me montrerai au delà des Pyrénées, le Léopard épouvanté cherchera l'Océan pour éviter la honte, la défaite et la mort ^ »
Joseph fut beaucoup plus épouvanté que le Léopard et beaucoup plus disposé à fuir. Cependant il fallut préparer des chevaux pour les voitures de l'Empereur, des appartements au palais et des officiers pour le recevoir. On s'occupa de rechercher dans les résidences royales les tableaux qui