I. Corr.de Napoléon, XX, 5o
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lui seraient offerts, à l'occasion de son voyage, et ce devait être les plus beaux de l'école espagnole.
Autre fait plus significatif : il fut question dès lors de transporter à Paris les Archives de Simancas, c'est-à-dire le grand dépôt des Archives du royaume, comme Napoléon l'avait fait par ailleurs pour le Vatican, pour la Belgique, pour la Hollande. C'était un signe manifeste de réunion à TEmpire. Il y eut en effet quelques envois partiels de ces Archives à Paris, et malgré les restitutions faites en i8i5, il en reste encore une certaine quantité aux Archives Nationales \
Alors arriva à Madrid M. de Tascher, envoyé spécial de l'Empereur ; on le vit venir avec anxiété. Il n'apporta pas de trop mauvaises nouvelles, et, l'ayant entendu, Joseph espéra encore garder sa couronne.
Quand même, cette angoisse de toujours attendre, et toujours deschoses désagréables, était insupportable, fatigante. Et puis, dans un provisoire aussi prolongé, on ne peut se mettre à rien. Ainsi la reine Julie est restée en France; alors l'installation de la cour à Madrid est toujours suspendue. Il y a bien la marquise de Monte-Hermoso, dont la société n'est pas sans charmes ; mais elle n'est pas la reine. Dans un tel état de choses, dit Joseph, l'irritation est entretenue dans tout le pays, et les meilleures intentions se trouvent paralysées.
Eh bien ! malgré cela, malgré tant d'ennuis, malgré le sentiment que sans doute il n'en profitera pas, il est tellement dévoué au bien public, à l'ordre et à la prospérité de son royaume, qu'il se met au travail avec une ardeur incomparable, et combien louable, étant si peu sûre de récompense ! Mais Joseph était de ces philosophes qui ne travaillent que pour la satisfaction de leur conscience.
On le vit présider assidûment aux séances et aux travaux du Conseil d'Etat, réunir très fréquemment ses ministres pour
I. Cf. GeofiFroy de Grandmaison, Corr. de Laforest, III, ij8. — IV, 106. 123, i52-i53 (note).
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l'étude des grandes réformes qu'il rêvait dans le cadre des grands décrets impériaux du 4 décembre 1808'. La besogne était d'importance ; il s'agissait de la « régénération » de l'Espagne, il s'agissait de mettre en train le nouveau régime.
Pris d'un beau zèle, Joseph eût voulu aller vite. On ne pouvait aller que très lentement; car on n'avait pas d'argent, malgré la vente des biens nationaux. Toutes les ressources étaient affectées aux besoins militaires. On travailla pourtant : on abolit le droit d'asile dans les Églises, un signe des temps de l'obscurantisme auxquels il convenait de mettre fin. On attaqua aussi la question de l'abolition des douanes provinciales ; l'intérêt en était plus grand ; elle eût assuré l'unité économique de l'Espagne ; elle en eût préparé avec le temps la complète transformation.
Tout cela ne pouvait être qu'amorcé. On avait le souci de montrer quelques résultats à l'Empereur quand il viendrait.
On espérait encore par là appeler les Espagnols à d'autres soucis que ceux de leur indépendance nationale, leur démontrer les vertus de la royauté de Joseph, et ses propres mérites par lesquels il aspirait à égaler et à continuer les grandis rois réformateurs du xvtcii® siècle.
Il multipliait surtout les efforts, avec un peu d'agitation et d'incohérence, pour gagner les cœurs des Espagnols ; car c'était un bon prince. Il faisait des cadeaux aux Eglises ; philosophe, il tâchait de ne pas l'être trop, se souvenant qu'il était le « Roi Catholique ».
La paix de Vienne lui fut indirectement favorable; il eut une part du prestige de la victoire de l'Empereur ; le régime français, celui qu'il personnifiait, en fut consolidé. Il se forma au ministère une sorte de parti espagnol joséphiste; « il y avait là des hommes qui donnaient ou se donnaient, dit M. Frédéric Masson, l'illusion d'être des Castillans d'ancien
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régime ' » ; quelques-uns commencèrent d'exercer une grande influence sur le roi.
En particulier O'Farrill, le ministre de la Guerre, et dans l'entourage français du roi, Miot de Melito, venu avec lui de Naples, constituaient avec Joseph un petit conseil, à l'écart de l'ambassadeur de l'Empereur, le comte de Laforest, qui y voyait donc une cabale.
Il semble que, les uns ou les autres, ils eurent l'idée de se rapprocher des « insurgés » et de refaire avec eux l'unité de l'Espagne, peut-être et au besoin contre Napoléon.
Les insurgés y paraissaient pourtant assez mal disposés. La Junte de Séville venait de publier un Manifeste où on lit notamment ceci : « A.llons-nous tomber aux pieds de l'esclave couronné que Bonaparte nous envoie pour roi, pour que du sein de ses festins impies, entouré des vils débauchés qui l'adulent et des immondes prostituées qui l'accompagnent, il montre du doigt les temples qu'il veut incendier, les domaines qu'il prétend distribuer à ses odieux satellites, les vierges et les matrones qu'il désire faire conduire à son sérail, les jeunes gens qui doivent devenir le tribut du Minotaure français ? Non, non, il n'est pas né pour nous commander, cet homme impotent et nul, qui se pare du titre de philosophe, qui consent qu'en son nom et sous ses yeux se commettent des atrocités inouïes, et dont l'impudence, au prix du sang des hommes qui le méprisent, prétend dominer sur des peuples qui unanimement le détestent " ! »
Ce n'était pas encourageant. Mais ces dispositions pouvaient changer, surtout s'il cessait d'être « esclave », si au contraire il devenait le représentant résolu de la liberté espagnole. Déjà on répandait cette impression que, si les Français étaient détestés dans le pays, le roi Joseph commençait d'y être aimé.