Geoffro) de Grandmaison, III, i54, note
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Tout à coup, le 8 janvier 1810, Joseph partit pour TAndalousie, avant qu'on ne sût si l'Empereur ne viendrait pas, quand au contraire on Tattendait toujours. Il semblait que Joseph voulût s'éloigner de lui, se mettre hors de sa portée, au risque de se trouver plus près des insurgés.
Les circonstances étaient favorables à ce voyage d'information, ou de pénétration, on ne sait comment le caractériser : les Espagnols venaient de faire, malgré les Anglais, un grand effort sur Madrid, et ils avaient été complètement battus à Ocana, le 19 novembre. L'effroi fut grand à Séville ; la Junte se sauva à Cadix, et dans le désarroi qui en résulta, il y fut question de convoquer les Cortès.
Joseph pensa profiter de la situation. Il partit, donnant pour raison la nécessité de poursuivre ce succès militaire. On disait dans son entourage que quelques généraux de l'insurrection travaillaient contre la Junte et que Wellington avait beaucoup de peine à maintenir la concorde. Il fallait voir.
LE VOYAGE d'aNDALOUSIE ET LE DÉCRET IMPÉRIAL DU 8 FEVRIER 181O
Le roi emmena avec lui d'Azanza, O'Farrill, et, « pour faire contrepoids », Urquijo, Almenara, qui n'étaient pas du petit complot ; en outre, toute la garde ; une imprimerie et quelques bons écrivains, dit Laforest, propres à rédiger les proclamations et autres écrits qu'il pourrait être utile de répandre ^ .
On passa par Tolède. On y apprit la fuite de la Junte de Séville; on y annonça aussi le rembarquement des Anglais.
I. Geoffroy de Grandmaison, III, 178. — On peut suivre le voyage avec Miot de Melito, qui est un touriste intéressant, tome III de ses Mémoires.
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On franchit la Sierra Morena. Le roi écrivit à Laforest, le 2 1 janvier : « Vous apprendrez avec plaisir le passage effectué de la Sierra Morena le 20. Nous n'avons pas perdu vingt hommes. A l'heure qu'il est, nous avons 7.000 prisonniers, 2j pièces de canon, beaucoup de magasins. Les habitants étrangement trompés reviennent de leurs erreurs. Les troupes observent une discipline exacte et ramènent par là les populations égarées. »
On était à Cordoue le 26 janvier. La Junte « insurrectionnelle )) se retira jusque dans l'île de Léon et convoqua les Gortès. L'opinion fut répandue qu'il n'y avait plus de salut que dans la soumission. On entra donc à Cordoue sans difficulté. On arriva même à Séville le i" février, dans le bruit des cloches et les vives acclamations des habitants.
Le 2, beaucoup des habitants de Séville qui étaient partis, rentrèrent dans la ville, heureux de n'être pas inquiétés ; le 3, les boutiques furent rouvertes, parmi la tranquillité générale. On admira la belle tenue des troupes qui accompagnaient le roi. On entendit en beaucoup d'endroits des déclarations virulentes contre les extravagantes rodomontades delà Junte, contre sa ridicule présomption, contre son despotisme.
Il y eut assurément un grand désarroi à Cadix. La Junte suprême fut remplacée par une Régence provisoire, et peutêtre Cadix même aurait-elle pu être enlevée par un mouvement vigoureux de Victor ; mais il hésita et laissa au duc d'Âlbuquerque le temps de s'y jeter avec 9.000 hommes. L'occasion fut manquée.
Joseph resta à Séville, jusqu'au 12 février. Le général Dessolles en fut nommé gouverneur. Le roi s'installa à l'Alcazar, les aigles et les drapeaux de Baylen furent enlevés de la cathédrale et renvoyés à Paris. Napoléon n'en accusa pas réception.
Les troupes françaises firent une pointe sur Cadix. Joseph poussa, le i3, jusqu'à Xérès de la Frontera, distribuant des
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paroles de pacification, tâchant de les faire pénétrer jusqu'à Cadix. On essaya d'y envoyer une députation des villes pour demander aux « insurgés » de ne pas se laisser davantage aveugler par les Anglais, de « redevenir Espagnols ». Ce fut en vain. Ils 'répondirent qu'ils ne reconnaissaient pas d'autre roi que Ferdinand VII.
On fit encore d'autres expériences ; un décret royal du i4 janvier eut pour objet d'attirer à l'armée de Joseph des déserteurs de l'armée rebelle en leur promettant, non seulement l'amnistie, mais la conservation de leurs grades, le remboursement de leurs armes et de leurs chevaux. On en espéra la fin de l'insurrection.
On comptait sans l'Empereur. Il se fâcha très fort contre ce décret et contre toute cette politique : « Il y a là faiblesse et défaut de politique ; c'est donner à la fausse monnaie de la Junte une valeur réelle ; il y a de l'inconvenance à donner des grades supérieurs à des déserteurs, hommes sans honneur, et enfin à des coryphées du parti... Je ne saurais voir dans les armées espagnoles et servant avec nos troupes des hommes couverts de leur sang. . . Je n'entends pas que ce décret soit exécuté, ni que mes troupes le reconnaissent ^ »
Le fait est que ces déserteurs promettaient tout ce qu'on voulait, se faisaient habiller, observaient tout à loisir ce qui se passait dans l'armée royale, et, à la première occasion, s'en allaient avec leurs armes et un costume neuf, riant de Joseph, et l'appelant le capitaine d habillement, el capitan vestiiario'^.
Nous avons vu les mêmes illusions de Joseph et les mêmes colères de Napoléon à propos de Naples et de la Calabre *.
Mais voici bien plus grave.
Déjà Napoléon avait écrit à Berthier, le 28 janvier 18 10,