Geoffroy de Grandmaison, III, 189, note
LE VOYAGE d' ANDALOUSIE l37
que le Roi devait nourrir Tarmée d'Espagne ; que, sinon, il n'y avait qu'un moyen, « faire administrer les provinces du royaume pour le compte de la France » .
Donc, le cortège royal était en route pour Malaga ; à Ronda Joseph fut mis en possession d'un décret rendu par l'Empereur à la date du 8 février, peut-être en réplique au voyage d'Andalousie : une sûreté en tout cas contre les prétentions de Joseph, la première manifestation claire des nouveaux desseins de Napoléon sur l'Espagne ^
Quatre gouvernements militaires français étaient constitués tout le long de la rive gauche de l'Ebre : le premier en Catalogne, sous Macdonald ; le second en Aragon, sous Suchet ; le troisième en Navarre, sous Dufour, ensuite remplacé par Reille ; le quatrième en Biscaye, sous Thouvenot. D'autre part, Masséna était tout-puissant à l'armée de Portxigal, et Soult à celle d'Andalousie. Il ne restait guère au roi que la Castille, avec l'armée du Centre, qui n'avait pas une grande valeur militaire.
Car, selon les expressions de Berthier dans ses lettres d'investiture aux quatre gouverneurs ", ces grands gouvernements étaient « une mise en état de siège )^. Donc chaque gouverneur réunissait tous les pouvoirs civils et militaires, même financiers, puisqu'il fallait avant tout nourrir les armées de l'Empereur. Ils avaient avec eux des auditeurs au Conseil d'Etat, qui prirent le titre d'intendants ; ils n'avaient, ni les uns ni les autres, aucun compte à rendre au roi qui n'était plus roi dans cette immense étendue de son royaume. Toute la correspondance administrative, aussi bien que militaire, ne se faisait qu'avec Paris : Joseph était littéralement dépossédé de presque toute son autorité.
Le roi fit de tristes réflexions. Elles ont laissé leur trace