I. Corr. de Napoléon, XX
LE VOYAGE D ANDALOUSIE l4l
fectures, à Timage de la France, et en quinze divisions militaires ^ Ils ordonnaient le dénombrement de la population, pour préparer une prochaine convocation des Gortès : « Une pratique insensée », observait l'Empereur,
En vérité, les décrets de Séville s'opposent directement aux décrets impériaux du 8 février ; ils sont une tentative de gouvernement autonome de l'Espagne contre le régime militariste. On dirait : c'est le Roi contre l'Empereur, si le Roi avait été de taille à mener une pareille lutte.
Laforest, bien placé pour voir, ne s'y trompait pas : « Je demande si Ton n aperçoit pas deux espèces distinctes d'insurrection contre les vues bienfaisantes de l'Empereur. L une a été dirigée par la Junte, a combattu jusqu'ici le roi Joseph à main armée et a eu pour objet direct d'empêcher un prince de la dynastie Napoléon de régner en Espagne. L'autre a reconnu le roi Joseph-Napoléon, le circonvient, le sert même, et a pour objet direct d'empêcher que l'Espagne ne soit dans le système fédératifde la France... La première emprunte le nom de Ferdinand VII, la deuxième l'esprit qu'il apportait sur le trône... m Et tout cela n'est pas si mal dit. Et encore : « Plusieurs des hommes qui ont travaillé à l'insurrection de 1808, favoris de Ferdinand VII, sont encore là, et il n'y a de changé pour eux que le souverain. » La cabale paraît avoir son centre chez O'Farrill. Et Laforest sait bien qu'il ne sait pas toui; car on le tient « dans le mystère », ce qui autorise ses soupçons"'. Mais les avances aux insurgés ne réussirent pas ; ils ne voulurent voir dans Joseph que « l'esclave couronné », et les deux « insurrections » que distinguait l'ambassadeur ne s'accordèrent point. Si elles s'étaient entendues, qui sait ce qui en fût advenu, si la fidélité de Joseph eût résisté à la tenta-
I. Geoffroy de Grandmaison, III, 353, 363. 2.1bid., III, 276-281.
I4a L ESPAGNE ET JOSEPH
tion? On lui attribuait ce propos que les routes de France n'étaient pas inconnues aux armées espagnoles ^ On voit si l'Empereur était autorisé à reprendre ses trônes pour le roi de Rome.
Joseph, le philosophe, se montrait à la messe, à la procession delà Fête-Dieu. Il revint pourtant à Madrid le 1 3 mai ; c'était sans doute reconnaître l'échec du voyage d'Andalousie. On raconta alors qu il était appelé à Paris, car dans l'intervalle le mariage de l'Empereur avec Marie-Louise avait été négocié et conclu sans lui, lui, le chef de la famille, l'aîné du moins. Il lui fallut envoyer ses compliments, comme un étranger, par d'Azanza, duc de Santa-Fé.
En même temps, il recevait communication des décrets impériaux du Havre, 29 mai, réponse aux décrets royaux de Séville. L'Empereur, dans le premier, constituait deux nouveaux gouvernements militaires, le cinquième à Burgos sous Dorsenne; le sixième àValladolid, Placenlia, Toro, sous Kellermann, puis Seras. — Le second instituait six receveurs financiers pour centraliser les ressources des six gouvernements.
Le joug s'appesantissait. Joseph était tenu plus serré à mesure qu'il voulait s'échapper.
La question, en somme, était bien posée par ces décrets échangés comme des coups. Joseph défendait l'intégrité territoriale et surtout lindépendance de son royaume. On admettrait, à la rigueur, dans son entourage, que l'Empereur en prît une petite part, du côté de l'Ebre, pourvu qu'il laissât le roi gouverner le reste à sa guise. Ainsi parlait Urquijo à Laforest, qui y voyait surtout la pensée de relâcher autant que possible les liens entre la France et l'Espagne : « On conçoit la nécessité de poser une frontière quelconque plutôt que la nécessité de relations de