I. Mémoires de Josepli, Vfl, 307 et s
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dont la menaçaient tous ceux qui arrivaient de Paris, si on avait confiance en lui, il prenait l'engagement que l'armée française de la péninsule ne coûterait pas plus que les deux millions qui y étaient afiFectés par l'Empereur, que l'Espagne serait bientôt pacifiée comme l'avait été Naples, quelle serait bientôt aussi utile à la France qu'elle lui avait été funeste. — Sinon, ajoutait-il, par ia méthode des gouvernements militaires, « je crains fort que Votre Majesté ne voie pas la fin de cette terrible convulsion ».
En post-scriptum, il annonçait qu'il allait repartir pour TAndalousie : il n'est sans doute pas nécessaire d'y voir une menace.
Il écrivait le même jour à Julie pour lui annoncer l'intention de la retraite, mais non pas à Mortfonlaine qu'il trouvait trop près de Paris.
Dans une autre lettre à Julie, le 21 août, il disait :
c( Si on continue dans le système commencé depuis février, toute 1 Espagne sera bientôt une ardente fournaise d'où personne ne se tirera avec honneur.
« On ne connaît pas cette nation. Oui, c'est un lion que la raison conduira avec un fil de soie, qu'un million de soldats ne réduiront pas par la force militaire ; tout sera ici ami, si on veut parler de l'indépendance de l'Espagne, de la liberté de la nation, de sa constitution, de ses Cortès. Voilà la vérité. Qu'on choisisse. Le temps prouvera ce que je dis. Conserve cette lettre, elle est prophétique. »
Et encore : « Il faut qu'on ait confiance en moi... S'il en est autrement, si l'on veut établir des gouvernements militaires, je ne suis pas propre à cela ; je ne puis pas être témoin de la flagellation des Français et des Espagnols. Je m'enveloppe de mon manteau, et il ne me reste plus qu'âme retirer... Ce pays, il y a quelques mois, était aussi pacifié que le département de l'Oise, » Il était bien le frère de Louis, avec moins de caractère.
Driault. — Grand Empire. lo
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Almenara resta à Paris jusqu'en décembre. Pendant longtemps il n'obtint rien de précis. Le 3 septembre, l'Empereur lui parla vaguement d'un démembrement de l'Espagne pour payer ses frais, — On avait jadis commencé à peu près de la sorte avec la Hollande. — D'ailleurs, les esprits étaient encore tout occupés des affaires de Hollande Champagny écrivait alors : « Le premier devoir d'un prince français, placé dans la ligne de l'hérédité du trône impérial, est envers ce trône. Tous les autres doivent se taire. Les premiers devoirs de tout Français, dans quelque circonstance que la destinée l'ait placé, est [sic) envers sa patrie. » — Evidemment ! — C'est l'affirmation, ou la formule, entre mille, de la saine et pure doctrine impériale.
De même on expliquait que l'Empereur avait été oblige de réunir la Hollande, qui était « comme une émanation du territoire de la France et le complément de l'Empire ».
Le Moniteur du 20 juillet rapportait les paroles de l'Empereur au nouveau grand-duc de Berg, le fils de Louis, un enfant de trois ans : « La conduite de votre père afflige mon cœur ; sa maladie seule peut l'expliquer. Quand vous serez grand, vous paierez sa dette et la vôtre. N'oubliez jamais, dans quelque position que vous placent ma politique et lintérêt de mon Empire, que vos premiers devoirs sont envers moi, vos seconds envers la France ; tous vos autres devoirs, même ceux envers les peuples que je pourrais vous confier, ne viennent qu'après. »
Tout le monde n'était pas de cet avis. Des placards étaient affichés à Madrid : « José, nega como Luciano y Luis, y seras feliz. » Joseph lui-même ne pouvait pas du tout se tenir ni seulement se mettre dans la note impériale. Le i5 août, à Toccasion de la fête de l'Empereur, qu'il fit célébrer avec grand éclat, il disait à son lever, en recevant les hauts dignitaires de sa cour :
« Mes premiers devoirs sont pour l'Espagne. J'aime la
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France comme ma famille, l'Espagne comme ma religion. Je suis attaché à l'une par les affections de mon cœur, à l'autre par ma conscience*. »
A Julie il avait écrit le i6 juillet :
« Si Ion veut que je gouverne l'Espagne pour le bien seulement de la France, on ne doit pas espérer cela de moi. J'ai des devoirs de cœur, et des besoins de reconnaissance envers la France qui est ma famille. J'ai des devoirs de conscience envers l'Espagne ; je ne les trahirai jamais. » — C'est-à-dire que sa conscience lui ordonnait d'être ingrat envers la France et l'Empereur ^.
Mais comment concevoir une conciliation possible entre des formules aussi diamétralement opposées ?
Cependant Joseph, impatient, inquiet, se perdait dans les hésitations et les agitations les plus tumultueuses. Tantôt il parlait de se retrancher dans la constitution de Bayonne, comme un roi légitime, comme si cette constitution avait été vraiment un pacte entre lui et la nation espagnole, comme s'il n'était pas avant tout, ou même uniquement, un Français. Tantôt il se désespérait, se dégoûtait des affaires, ne réunissait plus le Conseil d Etat, voulait s'en aller en Amérique, déjà ! ou en Russie, ou en Touraine, « dans une chaumière », naturellement : il n'était pas très fixé*.
En fait, il était de plus en plus étranger aux affaires de son royaume dont il était d'un côLé ou de l'autre de plus en plus écarté. Belliard, en qualité de gouverneur, était le maître à Madrid. Un intendant avait été nommé en Navarre. Bessières avait pris toute l'autorité à Salamanque, au moment même où Joseph voulait y fonder une préfecture. Soult était tout-puissant en Andalousie, comme Masséna à l'armée de Portugal.