Miot d3 Melito. III
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plier aux volontés de TEmpereur ; ils le savent moins attaché à ses intérêts personnels et à ceux de l'Empire français qu'aux intérêts de la nation que son auguste frère lui donne à gouverner. Cela même est avantageux à la politique de l'Empereuï en Espagne en y consolidant le trône qu'il y a lui-même établi. — Mais, quant à lui, il se sent maintenant plus à l'aise. Il n est pas sans apercevoir qu'il peut convenir éminemment à l'Empereur de l'avoir sur le trône d'Espagne comme intermédiaire pour lui répondre de l'adhésion de cette péninsule à son système européen. Il n'entend pas refuser de se conformer à ses vues. Il n'a pas d'ambition ; il aurait du goût pour la vie privée. Mais des considérations de l'ordre le plus élevé le mettent au-dessus de lui-même. Il m'assure, écrit Laforest, que je puis affirmer avec une forte certitude, et sans outrer la vérité, que l'intention formelle d'accomplir la tâche qui lui est assignée dans le système de l'Empereur est une base sur laquelle Sa Majesté Impériale peut asseoir solidement ses combinaisons. li affirme donc sa résignation absolue et son dévouement total, en forme de profession de foi décisive et solennelle.
Il demande seulement des ménagements ; il demande qu'on emploie avec lui des formes confidentielles, amicales, vraiment paternelles, et non pas froidement diplomatiques. Il se plaint de la conduite des généraux et des administrateurs français, qui le dépouillent de son autorité, de ses ressources, ruinent ainsi le prestige dont il aurait besoin pour mieux figurer dans le système de l'Empereur. Mais il n'insiste pas . Il prie qu'on oublie ce qu'une « imagination ingouvernable » a pu lui faire dire. « Le même principe de dévouement au système du chef de la dynastie, qui triomphera de ses goûts philosophiques, lui fera adopter tout ce que l'Empereur lui proposera. »
Quelques jours après, il reprit la conversation avec l'ambassadeur, car il ne voulait pas qu'il y demeurât le
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moindre malentendu. Il parla sous Timpression de la sensibilité, il répéta qu'il admettait bien qu'il lui fallût régner en Espagne dans le système et dans Tintérêt de la France. Puis, pour éviter sans doute les excès d'une « imagination ingouvernable » , il lut un papier où il avait consigné sa pensée à tête reposée, pour en être bien sûr. Il se rencontre en effet dans ce document quelques formules du style soutenu. Et d'abord un préambule suffîsammenr humble ;
« Comme l'Empereur me connaît à fond, il sait qu'il ne faut donner aucune attention à tout ce qui m'échappe dans la colère. — [Ne dirait-on pas un enfant volontaire qui, calmé, demande pardon d'avoir pleurniché et boudé ?] — Pour peu que ceux qui m'entendent dans le moment oii je suis hors de moi puissent m'en tendre lorsque j'ai repris du calme, ils s'aperçoivent que j ai proféré les sentiments dont je suis le plus éloigné.
« Par exemple, on me croirait parfois invétéré contre mon frère ; le fait est que mon cœur est pour lui ce qu'il a été dès nos premières années ; je ne puis résister à quelques paroles affectueuses de sa part pas plus que le Roi d'Espagne ne peut résister à l'Empereur. Il disposera toujours de moi à sa volonté, et je suis incapable de rien faire qui l'afflige comme chef de la famille, ou le contrarie comme chef d'un grand système politique. J'ai paru m écarter de ses voies ; j'ai jeté les hauts cris ; j'ai menacé ; tout cela n'est qu'un mélange de la conduite que je me suis tracée pour capter les Espagnols et des dépits que j'ai éprouvés en différentes occasions. Dans la réalité, si j'avais été mis une seule fois à répreuve, on aurait vu que j'avais trop de bon sens pour faire un seul faux pas. J'ai souvent parlé de m'en aller ; j'ai dit que j'irais ici, que j'irais là, que je prendrais les résolutions les plus subites. Pure faiblesse du cœur humain ! Celui qui se croit opprimé croit aussi se relever aux yeux des observateurs en ne parlant que des partis extrêmes. Jamais
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il ne m'est entré dans l'esprit que je puisse aller ailleurs que près de l'Empereur, et avant d'avoir pris des mesures pour colorer ce voyage et pour pourvoir au gouvernement jusqu'à sa décision. Ce n'est pas moi qui ferai des scènes de famille ' . » Est-ce assez complet ? Nous ne connaissons pas de document oii apparaisse plus parfaitement non seulement combien Joseph était impuissant à lutter contre l'Empereur, mais aussi combien il était indigne de régner.
Et il concluait en demandant qu'on eût quelque pitié de lui (il ne méritait en effet que cela), qu'on le ménageât un peu : Il ne peut s'habituer à l'idée que l'Empereur ne serait plus pour lui qu'un personnage politique, « traitant tout avec moi diplomatiquement et ne réservant jamais rien pour le frère ». — Il faut le faire respecter des généraux ; il faut que le duc de Dalmatie soit rappelé aux bornes du généralat, car il ne croit pas que l'Empereur tienne à le laisser dans une condition humiliante. — Et pour mériter un meilleur traitement, il ouvre lui-même le fond de son âme : « Il est possible que l'Empereur, dans l'espérance d'une descendance masculine directe, n'ait plus besoin de moi en Espagne... Si l'Empereur envisage que je n'ai pas et n'aurai jamais de fils, que je peux concourir à aplanir le trôné espagnol pour un de ses lils, et que par conséquent il est dans l'intérêt de sa descendance que j'administre ce trône, c'est encore sa volonté qui sera tout pour moi. Je m'en rapporte à lui pour l'établissement de mes filles. Il peut être sûr que ses fils me seront chers. Je fixerai les regards des Espagnols vers celui qui devra régner sur eux. Je remplirai tous mes devoirs envers celui qui devra régner en France, si le malheur des circonstances voulait que ce prince eût, avant 1 âge de sa majorité, besoin d'un oncle que l'expérience aurait mûri. »
Tout cela devait finir, pour le moment du moins, par des