I. E. Denis, op. cit , p
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jamais en vigueur ; il lui paraissait inutile de donner à l'Allemagne des habitudes nationales. Ce n'est pas q»'il convienne de dire que la Confédération ne fut pour lui qu'une agence de recrutement, une machine de guerre ^ Il y eut là vraiment une expérience de colonisation par l'esprit philosophique français. Et il faut observer que Napoléon à eu très peu d'années devant lui et admirer ce qu'il a accompli hors de France, plus qu'en France même, en si peu de temps ; on n'efifacera pas de l'Allemagne la marque de son génie.
Qui sait si plus tard, dans les siècles à venir, lorsque l'Allemagne aura oublié, si possible, le militarisme prussien, qui sait si elle n'aura pas le culte de Napoléon, comme elle a celui de Charlemagne ? Qui sait s'il ne se trouvera pas quelque historien allemand pour démontrer qu'il est né en Allemagne, ou du moins qu'il est né Allemand ? Ne l'a-t-on pas soutenu récemment pour Raphaël, pour Léonard de Vinci ? — Tout ce qui est grand n'est-il pas forcément d'origine allemande ?
Toute l'œuvre de Napoléon en Allemagne est, il est vrai, incomplète, imparfaite, inachevée certes : en dix ans, quoi d'étonnant? — Et on exprime parfois l'opinion qu'en dépit de ses fréquents appels au souvenir de Charlemagne, il ne fut pas un Charlemagne^ ; il n'enleva pas, nous dit-on, les imaginations germaniques ; l'Allemagne ne vit pas en lui une promesse de grandeur nationale ; en l'admirant elle sentit l'humiliation de la défaite, ou du moins de la soumission. — Mais l'Allemagne de Witikind reconnut-elle donc en Charlemagne le prophète de sa grandeur nationale? Ne fut-elle pas bien autrement humiliée de sa défaite et des effroyables massacres dont elle s'accompagna ? Et ne sera-t-on pas frappé en constatant que la grandeur du Saint-Empire est née de Charle-
1. E. Denis, dans l'Histoire générale, Lavisse et Rambaud, IX, 5o5.
2. Cf, J. Holland Rose, dans The Cambridge modem History, IX, SSg.
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magne deux ou trois siècles après lui, et que la grandeur de l'Allemagne contemporaine est née de Napoléon en moins d'un siècle ?
Certes, il peut paraître que son œuvre est moins claire en Allemagne qu'en Italie et les résultats moins éclatants, que son génie latin y fut moins à Taise. — Assurément. L'œuvre à déblayer y était plus difficile, plus encombrée de traditions gothiques; il y fallait plus d'efforts. Mais son génie latin, avec un peu de temps, y eût parfaitement suffi. Le génie latin suffit à toute organisation ; il est capable d'ordonner les pires chaos, même le chaos germanique.
La différence est déjà grande entre l'Allemagne de 1789 et celle de 1810, bien plus grande qu'entre 181 5 et 191 5. La crise de l'Allemagne est là ; l'œuvre essentielle de la Révolution allemande s'est accomplie sous Napoléon : il y a là le germe de l'Allemagne nouvelle, plus que le germe peut-être ; il y a toute l'Allemagne nouvelle dans ses traits caractéristiques.
L'œuvre est restée interrompue. C'est ce qui fait la difficulté de la définir ; l'intérêt en est aussi plus grand, si 1 on se rend compte que ce sont les prémisses d'un immense avenir.
Pour l'instant, en 1810, par un simple coup d'œil, on constate que la carte de l'Allemagne a été dans les dernières années considérablement simplifiée. Les 36 Etats que compte la Confédération du Pihin après ïilsit donnent à l'ensemble du pays une réelle ressemblance avec l'Allemagne d'aujourd'hui, sauf qu'elle dépasse alors la Vistule moyenne à Test, et ne dépasse pas le Rhin à l'ouest. Une concentration territoriale s'est opérée, par la France, par l'application de son clair génie ; il y a du sang français dans les maisons princières de Bavière, Wurtemberg, Bade. Entre la France d'une part, et l'Autriche ou la Russie de l'autre, la Prusse étant enserrée, quasi étouffée entre le grand-duché de Varsovie et
le royaume de Westphalie, il y a deux parties à distinguer dans les tronçons de l'Allemagne en travail de rapprochement : la Vieille Allemagne du sud, rajeunie d'ailleurs, Wurzbourg, Hesse-Darmstadt, Bade, Wurtemberg, Bavière, et la jeune Allemagne française, Berg et Westphalie.
Voyons-y le progrès de la politique et de la pensée napoléonienne.
LALLEMAGNE ALLEMANDE
Même l'Allemagne allemande était de formation en grande partie napoléonienne.
Wurzboiirg, un ancien évêché, avait été constitué en un Etat grand-ducal pour un frère de l'Empereur François II. Napoléon s'en servait pour agir même sur la politique autrichienne. Nous l'avons vu essayer de suggérer à l'archiduc grand-duc Ferdinand l'ambition de prendre la couronne impériale à Vienne, si l'Empereur s'en montrait décidément indigne. Au reste, l'Etat de Wurzbourg n'avait rien d'original.
La Hesse-Darmstadt avait été étendue par le Recès jusqu'en Westphalie, jusqu'aux sources de la Ruhr. En 1806, le landgrave Louis X était devenu le grand-duc Louis P"" ; aussi était-il tout dévoué à Napoléon, ce qui lui vaudra la colère des patriotes allemands.
L'Etat de Bade avait été littéralement fondé par Napoléon. Qui s'en souvient? Le margraviat de Bade était compris en 1 789 tout juste entre Kehl et Karlsruhe ; c'était un petit Etat de 200.000 habitants, avec un revenu d'un million de florins, soit 2 millions et demi de francs. Il comptait en 18 10 un million d'habitants, et un revenu de neuf millions de florins. Il avait été allongé au nord au delà du Neckar, sur
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Heidelberg, jusqu'au Main ; au sud, sur tout le Brisgau jusqu'au lac de Constance.
Frédéric- Charles de Bade, devenu prince-électeur en i8o3, grand-duc en 1806, par la grâce de Napoléon dans un cas comme dans l'autre, avait marié son petit-fils avec Stéphanie de Beauharnais. Il introduisit le Code Napoléon dans ses États le i""" janvier 18 10. Il recevait toutes ses instructions de Paris.
L'action napoléonienne avait été et était la même en Wurtemberg. Le duché était établi depuis le xv" siècle autour de Stuttgart, sur la vallée du Neckar, et depuis sa naissance il n'avait pas sensiblement grandi. Toute victoire napoléonienne lui fut avantageuse : c'est ainsi qu'il s'étendit en i8o3 sur Hall, vallée de la Kocher, et EUw^angen, vallée de la Jagst, sur Rottweill, Neckar supérieur, sans compter Heilbronn, Gmund, Aalen ; — en i8o5, sur le comté de Hohenberg, Danube supérieur ; — en 1806, vers le nord, sur la Tauber, en pénétration vers le Main, jusqu'à la principauté de Hohenlohe ; vers le sud, très loin au delà du Danube, par l'abbaye d'Ochsenhausen, le comté de Waldburg jusqu'au lac de Constance ; sans compter quelques rectifications encore avantageuses par le traité de Compiègne du 22 avril i8io\ Nous suivons tout cela sur un atlas historique allemand : que de couleurs d'origine française sur la carte de l'Allemagne !
Electeur en i8o3, Frédéric P"" fut roi en 1806 et donna bientôt sa fille Catherine à Jérôme-Napoléon. Longtemps au service de la Russie où il s'était distingué, il était un ennemi passionné de la Révolution française ; il le resta de toute institution de liberté. Il supprima les États de son royaume en 1800. Il rappela ceux de ses sujets qui étaient au service de l'étranger, Stadion, Metternichet sur leur refus tint leurs