CHAPITRE VI
Napoléon passa en Italie la plus grande partie du mois de décembre 1807. Parti de Fontainebleau le 16 novembre, il était à Milan le 2 1 ; c'est de Milan qu'il devait dater, le 1 7 décembre, le décret qui donna au blocus continental son caractère définitif, en y englobant, pour ainsi dire, le monde entier : l'Angleterre ayant prétendu imposer aux neutres la visite et le passage dans ses ports. Napoléon « dénationalir sait » les vaisseaux neutres qui se soumettraient à cette exigence, les considérait comme anglais et les traitait comme tels. Plus de neutres donc : toutes les ijations du globe sont dès lors entraînées dans la querelle de la France et de l'Angleterre.
Le moment eût pu être exceptionnellement dramatique ; mais lintérêt essentiel de la conquête napoléonienne n'est pas en ce sens.
Joseph, le roi de Naples, vint passer quelques jours à Venise auprès de l'Empereur ; on en fit autour d'eux des commentaires variés. On racontait que sans doute les deux frères avaient voulu prendre les arrangements nécessaires à la nouvelle organisation de l'Occident, en exécution des clauses de Tilsit. Car, comme on ne connaissait pas les conditions des traités de Tilsit, on les inventait, on imaginait que Napoléon avait laissé à la Russie l'Orient, toute la Turquie d'Europe,
25o L ITALIE ET LORIENT APRES TILSIT
l'Asie même jusqu'à des limites indéterminées ; et qu'il s'était réservé tout l'Occident, l'Italie, Rome, l'Espagne qui serait enlevée aux Bourbons, l'Afrique, c'est-à-dire Alger, Tunis, l'Egypte. Il semblait qu'en tout cela l'Espagne fût réservée à Joseph, et ce n'était pas si mal trouvé* !
A Milan, Napoléon reçut une lettre du roi d'Espagne, Charles IV, qui lui demandait pour le prince des Asturies la main d'une princesse de la famille impériale. Napoléon songea peut-être à une fille de Lucien, Charlotte. Il se rencontra avec Lucien à Mantoue ; Lucien refusa, avec la même énergie que par le passé, de se séparer de M'"^ Jouberthon, mais il consentit à envoyer sa fille à Paris. Charlotte n'y plut pas, ou ne s'y plut pas, revint bientôt chez ses parents ; il ne fut plus question de son mariage avec le prince des Asturies, qui du reste avait cessé d'être un bon parti ".
En somme, en ce voyage d'Italie, Napoléon s'occupa pjus de l'Italie que de l'Espagne, et sans doute il n'y a pas lieu d'en être surpris ; quand il voulut régler les affaires d'Espagne, il alla à Bayonne.
Il reçut à Milan la visite de sa sœur Elisa, princesse de Lucques. Il eut de nombreuses conférences avec Eugène, sur la situation de l'Italie, sur Rome, sur la négociation engagée avec le pape, sur les mesures à prendre pour assurer l'organisation de ritalie dans le système impérial.
Il séjourna longuement à Venise ; il y vit le roi et la reine de Bavière ; il donna le coup d'œil du maître aux établissements de marine, aux fortifications d'Udine et de Palmanova.
II se mit en rapport avec Marmont. Il donna des instructions pour l'occupation et le ravitaillement de Corfou par la Dalmatieou par Brindisi. Il se renseigna sur les pachas et sur