‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 159 sur 235 · BAÏONNE · texte numérisé non relu

BAÏONNE

moins en apparence '. Certes, tout d'abord il voulait utiliser ses ressources, notamment ses vaisseaux, contre l'Angleterre, en frappant quelque grand coup ; on le voit à ce moment ordonner à Decrès de préparer des armements pour une expédition sur Tunis, sur Alger, et il faudrait peut-être voir dans TEmpereur un précurseur de la domination française dans l'Afrique du Nord : rien d'étonnant d'ailleurs à cela, puisqu'il reconstituait lempire romain.

Mais aussi pour tirer de l'Espagne un meilleur profit, il sentit le besoin de ménager, de gagner l'opinion de toutes les classes de la nation, la noblesse en l'employant dans les fonctions publiques, le clergé, par exemple celui des moines, toujours mêlés à la vie populaire, pour utiliser son influence sur les classes inférieures de la nation, les gens éclairés de toute condition, en leur faisant connaître l'intention de remédier aux vices anciens de l'administration, de réformer, sans brusquerie d'ailleurs, plusieurs parties importantes du gouvernement.

Aussi, dès le 6 mai, au moment même de l'abdication des rois, avait-il annoncé le projet de réunir « une assemblée des Etats à Bayonne pour prendre les mesures convenables » , et d'y appeler des notables des trois ordres, clergé, noblesse et tiersétat. Elle fut convoquée pour le 1 5 juin par une proclamation aux Espagnols qui se termine par ces mots : « Soyez pleins d'espérance et de confiance dans les circonstances actuelles ; car je veux que vos derniers neveux conservent mon souvenir et disent : // est le régénérateur de notre patrie ' ! »

1. Nous avons ici un excellent guide. M. P. Gonard, La Constitution de Bayonne [1808]. Nous voudrions atténuer la rigueur de sa thèse; il soutient que, quoi qu il en ait dit à Sainte-Hélène, Napoléon n'eut point le souci de « régénérer l'Espagne », mais seulement celui de l'exploiter. Sans pouvoir réduire ces nuances en formules trop précises, nous penserions plutôt que Napoléon a eu le souci de régénérer l'Espagne dans la mesure de son propre intérêt. Et peut-être ainsi ne serions-nous pas loin de nous entendre.

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