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Corr. de ÎS'apoléon, XVII, ao3-2o

324 L AFFAIRE d'eSPAG>E

Le 6 juin, le jour même de la déclaration de guerre lancée par « l'auguste junte » de Séville, Joseph fut proclamé roi d'Espagne. Il arriva à Bayonne le 8 pour prendre part aux travaux de l'assemblée.

On pense bien qu'elle n'eut pas une composition irréprochable. Il y eut quelques élections, pour donner au moins « un simulacre de représentation », de la part des corps municipaux, des corporations, des ordres religieux, etc. \ Ces élections ne purent être que très incomplètes et très rudimentaires, l'insurrection étant dès lors générale. Quelques choix furent faits par Murât et La Forest ; cela dut rappeler à Murât le souvenir de la Consulte de Lyon ; aussi bien pourrions-nous passer vite sur ces événements qui sont en effet en beaucoup de points une répétition de ceux où s'était constituée la République italienne. Car pourquoi Napoléon eût-il changé un système si pratique ? Comme en Cisalpine, il y eut beaucoup d'excuses pour raisons de santé, de refus envoyés de loin, pour éviter le châtiment, A Bayonne, on inscrivit, pour faire nombre, tous ceux qu'on avait sous la main ; l'assemblée compta 76 membres au début, 91 à la fin. Il y en eut de sincères, tout prêts à se dévouer à l'oeuvre des réformes nécessaires. On ne leur donna presque rien à faire.

Le projet de constitution fut préparé dans l'entourage immédiat de l'Empereur ; il fut communiqué à ceux des

I. Il y a aux Archives des Afl". Étr., Corr. d'Espagne, vol. 675, £"4^4, une « liste des individus nommés pour l'Assemblée de Bayonne » : — Par le conseil de Caslille, 5 ; par la marine, a ; par l'armée, 7 ; archevêques et évèques, 8; généraux des ordres religieux, 6; évêques qui doivent nommer des curés, ii; universités (Salamanque, Yalladolid, Alcala), 3; cités et villes qui ont voix aux Cortés, 47! personnes nommées le 7 juin par le grand-duc de Berg. 3i ; — pour les conseils des ordres, de la guerre, des finances, des Indes, de l'Inquisition, pour la junte de commerce et de monnayage, en tout 8; pour les Iles Canaries, les Asturies et la Navarre, 4î pour les chapitres, 12 ; dcputationsd'Alava, Biscaye, Guipuzcoa, 4j représentants du tiers-état du royaume, 12; pour l'Amérique, 7. — Il n'y a pas beaucoup de méthode en ce tableau, d'ailleurs purement théorique.

membres du Conseil de Castille qui avaient « le plus d'esprit » ; il ne leur fut d'ailleurs laissé que quelques heures ; il y avait urgence. Ils proposèrent quelques petites retouches, la junte aussi quand ce fut son tour. On en tint compte, et ils en montrèrent de la satisfaction.

D'ailleurs il est curieux d'observer cpie la pensée de Napoléon lui-même se modifia pendant ces quelques jours de délibération. D'abord il eut l'idée de restreindre linfluence de rÉgUse, de « détruire le fanatisme », de* continuer l'œuvre des ministres de Charles III, la tradition du « despotisme éclairé ». A en juger par ce qu'il fit ailleurs, on peut admettre qu'il eût voulu réaliser l'émancipation sociale et religieuse de l'Espagne.

Mais il lui fallut tenir compte des circonstances, prendre dès ce moment 1 insurrection au sérieux, donc ménager le clergé, et il supprima du projet l'article qui abolissait l'Inquisition ^ Joseph allait même bientôt faire appel au clergé, séculier ou régulier, contre les Anglais, des hérétiques avec lesquels il était honteux de s'accorder. Pour des raisons analogues et sur la demande de la junte, on laissa subsister beaucoup des privilèges locaux : on sait qu'ils donnent une grande originalité à la vie politique de l'Espagne.

Il serait intéressant de faire une étude méthodique et complète des constitutions napoléoniennes, de comparer celle de Bayonne avec celle qui, dans le même temps, le 20 juin, fut donnée au royaume de Naples. On y verrait que celle d'Espagne renferme beaucoup plus de tempéraments, de ménagements, à l'égard des institutions antérieures : question d'opportunité.

Elle assure la couronne d'Espagne à Joseph-Napoléon et à sa descendance masculine par ordre de primogéniture ; en cas d'extinction, elle réserve la succession à la descendance

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