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I. Corr. de Napoléon, XVII, 5ao

LA CONVENTION D ERFURT j53

Tair d'un « allié dans l'embarras », pour ne pas donner prise sur lui. Or, la Russie tenait au partage oriental ; du moins Napoléon le croyait, et il étudia de près la question.

Avant de partir pour Erfurt il vitSébastiani qui avait quitté Constantinople à la fin d'avril. Sébastian! lui répéta une fois de plus son sentiment, que la fin de la Turquie était proche, que la famille des Ottomans était d'ailleurs menacée de s'éteindre naturellement, que si l'Europe était pleine d'admiration pour le vaste génie de l'Empereur, tout l'Orient reconnaissait en lui l'envoyé de Dieu.

Selon sa coutume en graves circonstances. Napoléon commanda à M. d'Hauterive un mémoire sur la question d'Orient. Sans suivre ici tout le développement de ce travail \ en voici les conclusions : — En admettant l'hypothèse du partage, il serait facile à la Russie de prendre possession de son lot; cela serait très difficile à la France, beaucoup plus éloignée, tandis que l'Angleterre maîtresse de la Méditerranée, mettrait à son aise la main sur les meilleurs morceaux de 1 héritage, comme l'Egypte, la Syrie, la Grèce peut-être. — Il ne fallait pas se leurrer de l'espoir de limiter le partage ; on serait de bonne heure obligé d'y comprendre Constantinople même, et d'amener les Russes ainsi jusqu'à la Méditerranée : dès lors, on ne pourra plus empêcher que l'Europe civilisée ne soit envahie par les Russes. « Car la Russie, maîtresse de l'Empire d'Orient et de celui du Nord, ne sera plus aux portes de l'Europe, mais dans son sein, et alors il est possible qu'un jour la France s'affaiblisse, que les Etats du continent ne soient plus garantis par les moyens de force et de résistance qui peuvent résulter d'un grand système de confédération, et qu'enfin les Russes suivent la trace des Wisigoths leurs ancêtres qui, après être sortis des Palus-Maeotides,

I. On le trouvera tout au long dans notre livre intitulé La politique orientale de Napoléon, p. 385 et s., d'après les Aff. Etr., Turquie, Mém. et Doc, 1800-1813, f"' 275-300.

passèrent le Danube, et, après avoir obtenu des empereurs de Constantinople de s'établir dans la Thrace, exterminèrent d'abord l'empereur Valens et son armée, ensuite sous la conduite d'Alaric désolèrent TlUyrie, passèrent de là en Italie, pillèrent Rome, s'établirent dans la Gaule et finirent par conquérir l'Espagne et une partie de lAfrique. La progression des conquêtes de la Russie se projette exactement aujourd'hui sur la même ligne géographique. »

Sans voir les choses de si loin. Napoléon fît appel aux lumières de Talleyrand, comme il avait fait pour les affaires d'Espagne ; il lui communiqua tous les documents diplomatiques relatifs aux affaires d'Orient, tout le dossier des « Entretiens de Saint-Pétersbourg » . Il ne lui laissa pas ignorer ses propres intentions : Préparez-moi une convention qui contente l'empereur Alexandre ; qui soit surtout dirigée contre l'Angleterre et dans laquelle je sois bien à mon aise pour le reste ; je vous aiderai ; le prestige ne manquera pas. » — Nous prions que l'on donne à ce mot prestige tout son sens si suggestif et dont on retrouverait l'usage dans le traité de Tilsit. — « Mon cher Talleyrand, continuait-il, il faut que vous soyez à Erfurt un jour ou deux avant moi... Vous connaissez bien l'empereur Alexandre ; vous lui parlerez le langage qui lui convient... L'intérêt bien entendu du continent, sept millions de Grecs rendus à la liberté, etc., voilà un beau champ pour faire de la philanthropie ; je vous donne sur cela carte blanche ; je veux seulement que ce soit de la philanthropie lointaine \ » Comment croire que Napoléon ait jamais songé sérieusement à partager l'Orient avec les Russes?

Talleyrand n'était peut-être pas satisfait du rôle qu'on lui faisait jouer à Valençay ; mais nous ne le savons pas. Surtout il sentait de loin le déclin de l'Empire ; il était sûr que la

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