I. Mémoires, I, 4i4 ^t s
LA CONVENTION d'eRFURT SSg
éprouver et les précautions à prendre en conséquence. Il avait surtout à se tenir aux écoutes. Pourtant sa seule présence faisait de Tentrevue d'Erfurt « une grande bataille diplomatique^».
Les premières conversations que Napoléon eut avec Alexandre lui donnèrent plus de satisfaction qu'il n'en espérait. Il croyait que le tsar allait demander une conclusion aux Entretiens de Saint-Pétersbourg qui n'avaient laissé à régler que la question de Constantinople. Or, Alexandre admit fort bien que l'affaire la plus pressante était d'assurer la paix, de l'imposer à l'Angleterre dont les vaisseaux étaient toujours dans la Baltique, qu'il fallait donc renouveler contre elle une démonstration commune, la menacer de faire crouler sur l'Orient « les grands événements et les grands changements » dont la lettre du 2 février avait été chargée.
Mais Alexandre convenait que le moment n'était pas favorable à ces grands changements, ni même au seul partage de la Turquie d'Europe — c'était pourtant pour cela qu'il avait demandé l'entrevue, — qu'il valait mieux remettre cela à une autre rencontre, par exemple dans un an. Pour l'instant, il ne demandait qu'à garder les Principautés de Moldavie et de Valachie, comme l'empereur Napoléon semblait bien y avoir consenti dans les si cordiales conversations de Tilsit ; au reste, il occupait ces deux provinces depuis deux ans ; qu'il les gardât, cela ne pouvait pas être de grande conséquence.
Napoléon fut surpris dune telle modération, plus surpris qu'heureux ; car elle révélait de grands changements dans les dispositions du tsar : ce n'était plus le bel enthousiasme de Tilsit ; ce n'était plus la chevauchée des séduisantes chimères où le « beau et jeune Empereur » s'était laissé prendre ; on n'allait plus parler que d'affaires, on retombait aux réalités prosaïques.