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I. A. Lcfebvre, Histoire des cabinets de l Europe

NAPOLEO» EN ESPAOE 877

ports, leur a fait des promesses et souvent envoyé des secours. .

« ... Le soussigné est chargé de réitérer la proposition d'admettre tous les alliés du Roi d'Angleterre à la négociation, soit le roi qui règne au Brésil, soit le roi qui règne en Suède, soit le roi qui règne en Sicile, de prendre pour base Vati possideiis, surtout de n'oublier jamais ce qui résulte de la puissance respective des Etats ; et qu'enfin une paix, pour être solide, doit être en même temps honorable et égale entre toutes les puissances \ »

Roumiantzoff répondit dans le même sens, sinon dans les mêmes termes.

Canning ne leur fit pas attendre sa réponse. 11 écrivit le 9 décembre qu'il lui était « spécialement ordonné par Sa Majesté de s'abstenir de relever les choses et les expressions insultantes pour Sa Majesté, pour ses alliés et pour la nation espagnole dont abonde la note officielle transmise par M. de Champagny ; que Sa Majesté aurait désiré traiter sur les principes d'une justice égale, d'une paix qui aurait concilié les intérêts respectifs de toutes les puissances engagées dans la guerre et que Sa Majesté regrette sincèrement que ce désir soit trompé... ; mais que Sa Majesté est déterminée à ne pas abandonner la cause de la nation espagnole et de la royauté légitime d'Espagne, et que la prétention de la France d exclure de la négociation le gouvernement central et suprême agissant au nom de S. M. Catholique Ferdinand VII est telle que S. M. ne pourrait l'admettre sans acquiescer à ime usurpation qui n a rien de comparable dans l'histoire du monde. »

Canning ajouta, à l'adresse de Roumiantzoff, ces phrases sévères : « Sa Majesté avait espéré que la part qu'avait l'Empereur de Russie dans les ouvertures qui lui étaient faites

I. Arch. Nat., AF. IV, 1673. — Corr. de Napoléon, XVIII, 70-71.

378 LA COQUIÈME COALITION

aurait offert à S. M. une garantie contre la crainte de se voir proposer une condition aussi injuste dans ses effets, aussi dangereuse dans son exemple.

« Et S. M. ne peut concevoir par quelle obligation de devoir ou d'intérêt, ou par quel principe de politique russe, S, M. Impériale peut s'être trouvée forcée de reconnaître le droit que s'est arrogé la France de déposer et d'emprisonner des souverains ses amis et de s'attribuer à elle-même la souveraineté sur des nations loyales et indépendantes.

« Si tels sont les principes auxquels l'Empereur s'est inviolablement attaché, pour le soutien desquels il a engagé l'honneur et les ressources de son Empire, et s'il s'est uni à la France pour les établir par la guerre et les maintenir dans la paix, S. M. voit avec un profond regret une détermination qui doit aggraver et prolonger les maux de l'Europe ; mais on ne peut lui attribuer d'occasionner la continuation des calamités de la guerre, en faisant évanouir toute espérance d'une paix compatible avec la justice et l'honneur ^ m

Il n'y avait rien à faire dans ces conditions. Il est probable que Napoléon n'en fut ni surpris, ni fâché, la guerre du continent avec l'Angleterre lui étant si précieuse à autoriser toutes ses entreprises. « Votre Majesté lira ces pièces, lui écrivait Champagny ; elle y verra l'excès de l'orgueil britannique et je dirai presque l'horreur que ce gouvernement a pour la paix. »

Aussi bien non seulement l'Angleterre ne pouvait pas laisser l'Espagne à la France, mais elle ne voulait pas inquiéter l'Autriche par l'ouverture d'une négociation avec la France et la Russie. Il n'y avait plus sur le continent que l'Autriche qu'elle pût tenir en armes contre Napoléon.

I. Aff. Etr., Corr. d'Angleterre, vol. 604, i'^^ 285-286. — Arch. Nat., AF. IV. 1673.

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