I. Aff. Etr., Corr. de Russie, vol. 148, f"' a34, 3o
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fleuve les corps d'armée de Masséna et de Lannes ; mais, les ponts établis sur le Danube ayant été rompus par une crue soudaine, il ne put les soutenir, et il eut beaucoup de peine aies ramener dans l'île Lobau. Lannes y fut tué. La gloire des deux maréchaux fut éclatante; Masséna mérita l'admiration même de Napoléon et fut fait prince d'Essling. Mais, quoique les troupes françaises eussent gardé leurs positions de la rive droite, l'événement retentit dans toute l'Europe comme un échec de Napoléon, et il faillit en avoir toutes les conséquences.
Les Anglais ne parurent point encore sur les côtes de la Baltique et de la mer du Nord où on les attendait toujours. Mais ils donnèrent un sérieux effort en Espagne. Wellesley repoussa les attaques de Soult sur le Portugal septentrional et le rejeta en Galice ; dès lors il put essayer de marcher sur Madrid en remontant le long du Tage et menacer de nouveau le roi Joseph dans sa capitale.
En Italie, le décret impérial du ij mai suivit son cours. Il fut communiqué au pape et publié à Rome le lo juin : « Consummatum est », s'écria le pontife. Il adressa aussitôt à ses sujets une protestation attristée : « Ils sont enfin accom" phs, les desseins ténébreux des ennemis du siège apostolique! Après le violent et injuste envahissement de la plus belle et de la plus considérable portion de nos domaines, nous nous voyons dépouillé, sous d'indignes prétextes, de 'ïotre souveraineté temporelle, avec laquelle notre indépendance spirituelle est étroitement liée. Obligé d'ailleurs, envers Dieu et envers FEglise, de transmettre à nos successeurs nos droits intacts et entiers, nous protestons contre cette nouvelle et violente spoliation, et nous déclarons de nulle valeur Toccupation qui vient d'être faite de nos domaines ». Et il invitait les fidèles « à conserver toujours intacte la religion », et à s'unir à lui « pour conjurer par nos gémissements, entre le vestibule et l'autel, le Père suprême des
lumières, afin qu'il daigae changer les conseils pervers de nos persécuteurs ».
Le même jour, il réussit à foire afficher quelques exemplaires de la bulle d'excommunication qu'il avait préparée en prévision de cette crise suprême, la bulle Qauin mémoramla. Il n'y prononçait point le nom de Napoléon; ilfulminait d'une manière générale « contre ceux qui ont commis, ordonné, favorisé, conseillé ou approuvé les attentats dirigés contre le Saint-Siège, quoiqu'ils brillent de l'honneur de quelque grande dignité que ce soit, quoique ce soient des personnes dignes d'être notées spécialement^ ».
Napoléon se reconnut et se fâcha. « Je reçois îî l'instant, écrivit-il à Murât, la nouvelle que le pape nous a tous excommuniés. C'est une excommunication qu'il a portée contre lui-même. Plus de ménagements ; c'est un fou furieux qu'il faut renfermer. Faites arrêter le cardinal Pacca et autres adhérents du pape". »
Il y eut quelques désordres autour de ces événements, coïncidant avec les nouvelles qui arrivaient de la bataille d'Essling. Il y eut une réelle fermentation. Miollis crut nécessaire d'agir vigoureusement, pour mater d'avance toute tentative de rébellion. Il donna l'ordre d'arrêter le cardinal Pacca, et le pape même, s'il s'y opposait.
Le général Radet en fut chargé. Le 6 juillet, à la premièi-e heure, il pénétra par force dans les appartements pontificaux, au Quirinal ; il arriva auprès du cardinal Pacca ; le pape prévenu accourut. Le général fit connaître qu'il avait l'ordre d'arrêter le cardinal ; le pape répondit qu'il s'y opposait. Radet déclara donc qu'il allait les emmener tous les deux.
Ce fut aussitôt fait : au moment où les cloches des églises
1. Arch. Nat., AF. IV, 1695. — Aff. Étr., Corv. de Rome, vol. 943, f 6 i4i-i5i.
2. Léon Leceslre, Lettres inédites de Napoléon l^'', I, 3 18.
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sonnaient V Angélus du matin, le pape et le cardinal furent conduits à des voitures qui, au galop, sous l'escorte de quelques cavaliers français, les emportèrent sur la route de Florence et vers la France. Le cardinal Pacca fut enfermé à la citadelle de Fenestrelle. Le pape fut conduit à Grenoble, d où Napoléon donna Tordre de le ramener et de le garder à Savone^
L'événement, si considérable qu il fût, n'avait pas fait de bruit ; il devait pourtant avoir des répercussions profondes.
L'échec d'Essling redressa l'insurrection du Tyrol, Car le maréchal Lefebvre fut rappelé à la Grande- Armée pour en couvrir les communications le long du Danube; il fut obligé de descendre de la montagne; il n'y laissa que la division du général Deroy. Elle fut enveloppée aussitôt par des masses de montagnards en armes; elle dut battre en retraite, parmi les plus redoutables dangers, et regagna péniblement la Bavière le long de l'Inn. Les Tyroliens restèrent maîtres de tout leur pays .
C est à ce moment que le duc de Brunswick-Œls entra en campagne; il chassa les Saxons de Zittau, fit sa jonction avec quelques troupes autrichiennes, se trouva à la tête d'une véritable armée, de 20.000 hommes, s'empara de Dresde le 1 1 juin, de Leipzig le 22, chassa le roi de Saxe Frédéric- Auguste qui s'enfuit jusqu'à Francfort, Jérôme, qui avait beaucoup de ses contingents dans 1 armée impériale, ne put rien faire alors pour délivrer la Saxe qui allait être plus d'un mois au pouvoir du duc de Brunswick,
Alors les pays allemands du voisinage s'agitèrent dangereusement ; il semble que les affiliés duTugendbund se soient tenus prêts à quelque levée en masse, au premier signal. Par-dessus la Prusse, ils tendaient la main à l'archiduc Fer-