I. Corr. de Napoléon, XX, 3o-3i. note
47 i COCLUSION
tique, ses populations s'étaient intéressées aux efiForts des Schill et des Bruns^vick ; peut-être avaient-elles osé espérer leur succès. Mais ce n'est pas sûr, et en tout cas elles ne l'avaient pas fait voir. Et puis elles n'avaient pas encore conçu pleinement le sentiment national allemand ; leur horizon était encore étroit. Elles nétaient pas très malheureuses sous l'administration napoléonienne, qui avait des qualités qu'elles appréciaient, qui surtout représentait pour elles les bienfaits de la Révolution, la fin des privilèges de l'ancien régime, 1 égalité civile et l'émancipation de la petite propriété. Enfin leurs princes surtout n'avaient pas eu à souffrir de la tutelle de Napoléon ; ils y avaient gagné des titres, des territoires et des revenus. Ils étaient plus dévoués encore que la Prusse au système politique de la France.
En somme, si la paix avait été durable, elle promettait une ère de grande prospérité matérielle : ce pouvait être la grande paix française, héritière et image de la paix romaine du temps des Césars et des Augustes.
Mais le blocus ne permettait pas encore de fermer le temple de Janus.
Cependant la victoire de Wagram permettait de régler les questions demeurées suspendues à l'arrière, en Italie et en Allemagne.
Le i4 octobre, au moment de la signature du traité de Vienne, Napoléon donnait à Eugène les instructions nécessaires à la soumission du Tyrol ; il mit à sa disposition une véritable armée, de près de 5o.ooo hommes, de quoi suffire à des opérations décisives. En effet, la guerre du Tyrol avait été comme une réduction de la grande guerre ; elle en avait reproduit les fluctuations. Ainsi le Tyrol fut entraîné dans la défaite générale de l'Autriche : par Gratz et Yillach, par Salzbourg, par Brixen, les montagnards furent cernés dans le haut des vallées. Andréas Hofer se défendit longtemps, courageusement; il fut pris : Napoléon n'eut point de con-
sidération pour la belle allure de cette carrière; il le traita comme un rebelle, et le fit fusiller dans les fossés de Mantoue, en janvier 1810. Les communications étaient rétablies entre l'Allemagne et l'Italie.
Rome était déjà habituée à l'absence du pape; l'opinion y demandait un gouvernement prodigue et riche qui donnât des fêtes et fît marcher le commerce. En attendant, elle ne manifestait pas une opposition sérieuse. Une députation fut envoyée auprès de l'Empereur, à Fontainebleau ; elle était conduite par le duc Braschi, un neveu de Pie VI, qui parla ainsi : « Il subsiste encore, ce Capitole, oii montèrent tant d'illustres conquérants. Il vous attend, Sire; venez y inscrire votre nom immortel. Là s'élève encore et reverdit le rameau de laurier que Xerva déposa dans le temple de Jupiter. \ous seul pouvez le garantir de toute insulte, comme l'aigle de Trajan le préserva des outrages des Germains, du Parthe, de l'Arménien et du Dace. »
L'Empereur répondit : « Messieurs les députés des départements de Rome, mon esprit est plein des souvenirs de vos ancêtres. La première fois que je passerai les Alpes, je veux demeurer quelque temps dans votre ville. Les empereurs français, mes prédécesseurs, vous avaient détachés du territoire de l'empire et vous avaient donnés comme fiefs à vos évêques. Mais le bien de mes peuples n'admet plus aucun morcellement. La France et l'Italie tout entière doivent être dans le même système. D'ailleurs vous avez besoin d'une main puissante. J'éprouve une singulière satisfaction à être votre bienfaiteur. Mais je n'entends pas qu'il soit porté aucun changement à la religion de nos pères : fils aîné de l'Eglise, je ne veux point sortir de son sein. Jésus-Christ n'a point jugé nécessaire d'établir pour saint Pierre une souveraineté temporelle. Votre siège, le premier de la chrétienté, continuera à l'être. Votre évêque est le chef spirituel de l'Eglise comme j'en suis l'empereur.
474 CONCLUSION
Je rends à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César ^ »
Murât vint de Naples à Rome, il y resta du 1 1 au i6 novembre. Il y fut fort bien accueilli, « aux cris de ^ ive l'Empereur ! Vive le Roi ! » Il en fut enthousiasmé, peut-être surpris : « Pourquoi, écrivait-il à l'Empereur, pourquoi Votre Majesté n'a-t-elle pas pu entendre les cris répétés : Viva l'imperatore il grande ! Viva il Regenadore nostro ! — J'en ai versé des larmes d'attendrissement. Sire, tout ce qu'on vous dira, tout ce que je pourrais dire moi-même n'approchera de la vérité ; Votre Majesté seule en recueillera le témoignage lorsqu'elle viendra monter au Capitole. Puisse cette époque à jamais mémorable arriver bientôt - ! »
Cependant, Napoléon ordonnait à M. d'Hauterive de finir les discussions avec Rome, et de préparer le sénatus-consulte qui allait déclarer les Etats ecclésiastiques à jamais réunis à la France pour faire partie intégrante de l'Empire.
La prise de possession de Rome, pour le roi de Rome, marquait le terme d'une politique qui ne se recommandait plus de Charlemagne, mais des empereurs romains, des empereurs de Constantinople, pour lesquels l'évêque de Rome ne se distinguait pas des autres grands dignitaires de l'Eglise, inférieur même en autorité aux patriarches d'Antioche ou d'Alexandrie.
Il y a là un des traits caractéristiques de la politique napoléonienne, qu'il nous faudra préciser, que Napoléon se réservait de préciser en son temps.
En attendant il avait des loisirs pour achever l'affaire d'Espagne, devenue, non inquiétante, mais ennuyeuse, par la résistance des « insurgés » et la ténacité des Anglais.
Le 17 juillet Wellesley, remontant le Tage, avait livré aux