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que cette extrême modération donnera peut-être avant dix ans naissance à une cinquième coalition. Mais, dans le cours de ces guerres perpétuellement renaissantes, la France, l'Espagne et la Hollande ont perdu leurs colonies. Il est naturel, il est juste que les pays que le droit de la guerre a mis au pouvoir de l'Empereur servent de compensations pour ces colonies.
« Mais ce qui caractérise spécialement le mal fait à la France parla quatrième coalition, c'est que la Porte a perdu son indépendance. La Valachie et la Moldavie, gouvernées par des hommes qu'elle avait justement déposés et que les menaces de la Russie l'ont forcée de rétablir, sont devenues pour la Russie, une véritable conquête. L'entière indépendance de la Porte Ottomane étant un des premiers intérêts de la France, S. M, l'Empereur perdrait le principal fruit de ses succès s'ils ne servaient point à l'assurer. Sa Majesté ne pourra conséquemment rendre aucun des pays que le sort des armes a mis en sa puissance avant que la Porte Ottomane ne soit rentrée dans la plénitude de tous ses droits sur la Moldavie et la Valachie et que son indépendance absolue n'ait été reconnue et garantie. »
La même résolution était proclamée solennellement dans un message impérial au Sénat, en date du 21 novembre :
« Nous avons pris pour principe invariable de notre conduite de n'évacuer ni Berlin ni Varsovie, ni les provinces que la force des armes a fait tomber dans nos mains, avant que la paix générale ne soit conclue, que les colonies françaises, espagnoles et hollandaises ne soient rendues, que les fondements de la puissance ottomane ne soient affermis et d'indépendance absolue de ce vaste empire, premier intérêt de notre peuple, irrévocablement consacrée'. »
I. Aff. Étr.. Corr. de Prusse, vol. aSg, f-' 562. — Corr. de Napoléon, XIII, 553. — A. Lefebvre, Histoire des cabinets de l'Europe, II, 3o4-
Dans de pareilles dispositions, la conclusion de la paix ne pouvait pas être prochaine. Pourtant les plénipotentiaires prussiens, effrayés du progrès des armes françaises arrivées à la Vistule, et dans la pensée de sauver au moins ce qui restait à leur souverain, signèrent Tarmistice de Charlottenbourg, dans le texte imposé par 1 Empereur (16 novembre).
Le roi de Prusse y refusa sa ratification, et il n'y a pas lieu d'en être étonné : il n'avait pas grand'chose à y perdre puisque le projet d'armistice lui prenait à peu près tout. En notifiant son refus, il manifesta l'espoir que la négociation de la paix générale n'en serait pas compromise ; c'est dans le même sentiment que Zastrow annonça à Talleyrand qu'il était appelé au ministère des affaires étrangères : phrases courtoises pour atténuer l'effet de la rupture. On était revenu dès lors au pur état de guerre.
Napoléon s'en réjouit ; dès lors il avait résolu de pousser plus loin sa conquête, d'atteindre, par-dessus la Prusse, l'Orient et d'arracher la Turquie aux ambitions de la Russie.
Il écrivit au roi de Prusse, le 6 décembre : « Votre Majesté a désavoué ses plénipotentiaires en ne ratifiant pas ce qu'ils avaient fait. Nous sommes donc plus loin de nous entendre que jamais... L'avenir fera connaître si Votre Majesté a choisi le meilleur parti et le plus efficace. Elle était en chemin de tout arranger avec quelques sacrifices. Elle a pris le cornet et joué aux dés : les dés décideront \ »
LE STSTÈME CONTINENTAL
Dans ses dernières exigences à l'égard de la Prusse, Napoléon avait indiqué lui-même le double obstacle qu'il lui fallait abattre : la Russie qui venait d'entrer en Moldavie, et