‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 30 sur 235 · I. Corr. de Xap., XIV · texte numérisé non relu

I. Corr. de Xap., XIV

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l'Angleterre qui, sans beaucoup d'efforts, prenait l'une après l'autre les colonies de la Hollande, de TEspagne et de la, France. Il tenait dès lors la Russie à la pointe de son épée, et il était prêt à partir pour Posen. L'Angleterre lui échappait : il fallait autre chose pour la réduire.

Depuis l'ouverture des hostilités en mai i8o3, elle avait été sauvée par Nelson de la menace d'une invasion française : mais Trafalgar s'était trouvé compensé par Austerlitz ; toujours dans cette guerre interminable, les succès de l'Angleterre sur les mers étaient balancés par ceux de Napoléon sur le continent. A mesure qu'elle enlevait à la France et à ses alliés leurs possessions coloniales, la conquête napoléonienne gagnait sur l'Autriche , et maintenant sur la Prusse . De plus en plus nettement, Napoléon concevait la pensée de s'armer du continent pour abattre l'Angleterre ; et nous venons de le voir formuler ouvertement le principe des compensations.

Donc désormais l'un des caractères de la conquête impériale est de tendre, indirectement au moins, à la défaite de l'Angleterre.

En imposant au roi de Prusse, en février 1806, le traité de Paris, l'Empereur l'avait obligé à fermer ses portes aux Anglais, et Frédéric-Guillaume avait dû lancer une proclamation en ce sens.

Le ministère britannique y avait répondu par l'enlèvement de tous les vaisseaux prussiens qu'il avait pu saisir sur les mers, et, le 16 mai, par un arrêté qui mettait en état de blocus maritime toutes les côtes de l'Europe occidentale entre Brest et l'embouchure de l'Elbe. La Prusse en avait beaucoup souffert ; puis, les circonstances changeant, la Prusse se détachant de son entente avec la France, se rapprochant de la coalition, le gouvernement de Londres, le 20 septembre 1806, avait levé son blocus pour la côte comprise entre l'Elbe et l'Ems : c'était le

rétablissement des relations commerciales avec la Prusse ' .

Le principe même d un tel blocus maritime appliqué à une aussi immense longueur de côtes, ne se peut pas défendre assurément, au point de vue du droit des gens ; il ne peut pas être efiectif ; il ne peut être que sur le papier ; il est une gêne intolérable pour le commerce général, et tous les publicistes et historiens, tous les hommes politiques, lui ont été sévères.

On sait que, surtout dans les dernières années du xviii' siècle, les prétentions de l'Angleterre à surveiller le commerce des neutres, en temps de guerre, et sous ce prétexte à leur infliger à tout propos les insupportables rigueurs de la visite, avaient profondément irrité la plupart des puissances, même celles qui n'avaient que de médiocres intérêts maritimes, mais qui n'admettaient pas de telles atteintes à leur dignité nationale. On se rappelle la ligue de neutralité armée formée par Catherine II, pendant la guerre d'Amérique, et on a vu précédemment la ligue des neutres constituée en 1801, par le tsar Paul V""'.

Il y avait dans toute l'Europe une sorte de protestation permanente contre les agissements de l'Angleterre sur les mers, et c'était le point où Napoléon avait chance, comme en i8oi, de grouper les puissances du continent, de former contre elle une véritable coalition.

Il n'était pas homme à négliger cet avantage.

Par le décret d'Iéna, du 1 5 octobre, il avait ordonné la saisie des marchandises anglaises au profit de la Grande- Armée. Ce n'était que le premier acte de la politique du blocus continental.

Le 19 novembre, dans son message au Sénat, il annonça que, pour hâter la paix générale, il avait mis les Iles Britan-

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