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pour la même raison , pour lui soutirer son or en même temps qu'elle perdait le moyen de gagner celui du continent. Elle fut poussée ainsi à deux doigts d'une catastrophe financière, et il s'en fallut de peu, de quelques années à peine, que son trésor de guerre, dont elle alimentait les coalitions, ne fût totalement épuisé.

Mais aussi le blocus continental entretenait en France la haine de la « perfide Albion », les mêmes sentiments qu'aux temps de la Révolution lorsque le pays tout entier se soulevait aux noms maudits de « Pitt et Cobourg ». Il était facile, avec une presse disciplinée et des proclamations bien senties, de cultiver ces dispositions utiles, d'attribuer au gouvernement de Londres la responsabilité de la guerre interminable, des coalitions sans cesse renouvelées, qui nécessitaient de continuelles levées d'hommes, et toujours d'autres victoires. Depuis Jeanne d'Arc peut-être il y a dans le sang français une sorte de tradition de la haine anglaise qu'il ne serait pas difficile de retrouver au fond de l'âme des foules contemporaines. Napoléon lui-même y devait contribuer plus encore qu'il ne le désirait sans doute, à Waterloo et à Sainte-Hélène.

En attendant, le blocus et la perpétuité de la guerre anglaise étaient des prétextes précieux à la poursuite de ses entreprises conquérantes.

La conception de la conquête du continent était d'une incomparable grandeur. L'Empereur écrivait à son frère Louis : « Vous avez vu, par mon message au Sénat et par mon décret, que je veux conquérir la mer par la puissance de terre. » Quelques jours après léna, en voyant tomber comme des châteaux de cartes, devant sa cavalerie, les plus redoutables forteresses prussiennes, dans « livresse du triomphe », comme dit Thiers, Napoléon vit l'Europe à sa merci : il ne restait plus que la Russie à accabler, et il avait appris à la connaître à Austerlitz, il n'était pas effrayé de ce « nuage ». Donc il put rêver, et même décider, sous prétexte

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de défendre le continent contre Tennemi commun, contre le despotisme maritime et commercial de l'Angleterre, de faire de l'Europe une vaste Confédération, mieux encore un Grand Empire, à la façon de TEmpire romain, uni dans les mêmes intérêts, dans une même civilisation, la civilisation nouvelle issue de la Révolution et personnifiée glorieusement par lui.

« Tension hyperbolique, dit Albert Sorel, comme celle où la France s'était élevée de 1793 à 1795. » Ce rapprochement ne convient pas; en 1793-1793, il s'agissait du Salut Public, tout au plus d'établir la France dans ses vraies frontières. En 1806, il ne s'agit pas seulement de vaincre l'Angleterre, de l'obliger à la paix générale garantissant à la France la ligne du Rhin ; il y a longtemps qu'il ne s'agit plus de cela. Si l'Empereur n'avait pas eu d'autre but, en son clair génie, il l'eût atteint sans efforts hyperboliques; il y suffisait d'une alliance continentale, comme celle de la Prusse, si facile à gagner, et d'un armement maritime qui, avec le concours de l'Espagne et de la Hollande, etc., eût sans doute dépassé assez vite les forces de résistance de l'adversaire. Si, lorsqu'il entreprenait la ruine de l'Autriche, puis celle de la Prusse, puis celle de la Russie, en attendant quelque gigantesque poussée sur l'Asie, l'Empereur n'avait eu d'autre but que de vaincre les Anglais, il faudrait être sévère ou pitoyable pour son jugement.

Mais non! Napoléon n'était pas fou. Le blocus continental n'était pas la raison d'être, mais le prétexte de sa conquête, son instrument d'Empire. Le blocus continental n'est pas le simple développement de la tradition diplomatique du Comité de Salut public ; il est, en sa formule de Berlin, une conception purement napoléonienne, et si Ion peut admettre qu'il soit « l'acte décisif, la charte » de la politique de Napoléon, c'est en ce sens qu'il a ouvert décidément devant lui l'horizon indéfini de la conquête impériale.

POSEN (dÉG. 1806)

Le aS novembre, Napoléon était à Custrin; le 28, àPosen, en plein Orient.

A Posen, le 2 décembre, il signa le décret sur le monument de la Grande-Armée ou le Temple de la Gloire : « Il sera établi sur l'emplacement de la Madeleine de notre bonne ville de Paris, aux frais du trésor de notre couronne, un monument dédié à la Grande Armée, portant sur le frontispice : l'Empereur Napoléon aux soldats de la Grande- Armée. — Dans 1 intérieur du monument seront inscrits, sur des tables de marbre, les noms de tous les hommes, par corps d'armée et par régiments, qui ont assisté aux batailles d'Ulm, d'Austerlitz et diéna; et, sur des tables d'or massif, les noms de tous ceux qui sont morts sur les champs de bataille. Sur des tables d'argent sera gravée la récapitulation, par départements, des soldats que chaque département a fournis à la Grande- Armée. — Autour de la salle seront sculptés des bas-reliefs 011 seront représentés les colonels de chacun des régiments de la Grande-Armée avec leurs noms. Les statues en marbre des maréchaux qui ont commandé des corps ou qui ont fait partie de la Grande Armée seront placées dans l'intérieur delà salle... ».

Récapitulation de gloire avant d'autres gloires.

A Berlin, Napoléon avait reçu le comte de Bose, ministre de Saxe, et l'avait abouché avec Duroc, pour négocier sur la nouvelle condition qu'il convenait de donner à l'électoral. Il ne s'agissait d'ailleurs encore que de la Saxe électorale, l'Empereur ayant encore à réfléchir sur la destinée des autres Etats Saxons. « Monsieur le prince de Bénévent, écrivait-il le 10 décembre, je vous envoie le traité avec la

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Saxe et les pleins pouvoirs pour le maréchal Duroc. Vous lui donnerez les instructions nécessaires. J'ai jugé convenable de ne point parler des autres Maisons de Saxe ou autres Maisons princières ; mes idées ne sont pas encore claires sur tout cela. Je verrai, à la conclusion des affaires, l'espèce de contentement que j'aurai de la cour de Saxe, et je me réglerai en conséquence ' . »

Par le traité de Posen, du 1 1 décembre, l'Electeur Frédéric-Auguste P" était élevé au titre de roi de Saxe et admis, comme récemment le grand-duc de ^^urzbourg, au Collège des Rois de la Confédération du Rhin. Il devait fournir à la Confédération un contingent annuel de 20,000 hommes, réduit pour le moment, à cause des circonstances, à 6.000 hommes, le complément étant remplacé par une contribution de 2 5 millions.

Par l'Elbe moyenne et Dresde, la route était ainsi ouverte surTEst.

Le i5 décembre, les cinq ducs Ernestins entraient au collège des princes de la Confédération. Le 18 avril i8oy, ce devait être le tour des trois ducs d'Anhalt, des deux ducs de Schwarzbourg, du prince de Waldeck, des deux princes de Lippe, des deux princes de Reuss. On retrouve tous ces noms dans la constitution territoriale de l'Allemagne contemporaine.

Il n'y eut pas alors d'autre changement dans la Confédération du Rhin, qui du moins d'après cela paraît avoir des frontières très extensibles capables de toucher l'Oder, ou la Vistule. Aussi bien dans toute l'Allemagne s'attendit-on à une refonte totale du Corps Germanique.

En s'enfonçant toujours plus avant vers l'Est, Napoléon, avec la prudence et la méthode qui étaient des éléments de son génie, assurait ses communications.

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