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Davoiif au contraire, dès son arrivée à Posen, le 20 novembre, se déclara content de l'esprit qui animait les Polonais : rêvait-il déjà que l'Empereur allait lui donner la couronne de Pologne ? Quel général en ce temps ne rêvait point d'un trône ?

Milhaud, avec sa cavalerie, entra à Varsovie, le 27 novembre ; Murât y était à son tour le 28, et Davout le 29. Murât avait le commandement général de l'avant-garde ; il avait fait depuis Posen une course triomphale, parmi les acclamations des nobles et des bourgeois, parmi les levées nationales que commençait d'organiser Joseph Poniatowki, le neveu du dernier roi Stanislas. Le panache de Murât plaisait aux Polonais ; il semble que la couronne de Pologne lui eût plu et qu'il l'eût bien portée : il était fait pour une royauté d'avant-garde.

Mais après le traité de Posen, où l'Electeur de Saxe devint roi, on annonça le prochain mariage de Jérôme Napoléon avec une fille de ce prince ; encore un ou deux candidats possibles à la couronne de Pologne. Déjà les imaginations disposaient de la Pologne comme si elle avait été entièrement ressuscitée.

Cependant les Russes aux environs de Varsovie pillaient sans délicatesse ; les colères grandissaient contre ces « barabres ». L'occupation française était lourde aussi déjà ; elle paraissait légère : c'était l'armée libératrice.

Quand jNapoléon passa à Posen, arriva à Varsovie, ce fut du délire; toute la Pologne fut sous les pieds de son cheval. On multiplia les fêtes en son honneur, fêtes éblouissantes de la beauté des femmes, grandioses par l'enthousiasme universel. 11 y distingua Marie Walewska ; elle l'aima, amour fait sans doute aussi d'exaltation patriotique. Il commença de trouver que les Polonais se montraient « sous des couleurs intéressantes' ».

I. Corr. de Napoléon, XIV, lo; 36^^ bulletin de la Grande-Armée.

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Après aA'oir refoulé les Russes par les sanglantes batailles de la fin de décembre, notamment à Pultusk, il prit ses quartiers d'hiver ; il se fût volontiers endormi dans les délices de Varsovie. Il eut quelque loisir du moins pour essayer de fixer ses idées sur les affaires de Pologne.

Il fut naturellement assiégé de Mémoires sur la question.

Un ancien employé du bureau des affaires étrangères de Pologne, considérant que désormais la Turquie ne pouvait plus exister, proposait de reconstituer la Pologne jusqu'à la mer Noire, de donner une autre part de l'empire ottoman à l'Autriche en compensation des deux Galicies ; ainsi on couperait toute communication entre la Prusse et la Russie, et les Russes seraient définitivement rejetés sur l'Asie ^

Thaddée Mostowski voulait reconstituer toute la Pologne sous un prince français qui y proclamerait aussitôt l'abolition du servage et lui assurerait tous les bienfaits sociaux de la Révolution. Beaucoup de Polonais, réfugiés en France après le dernier partage, y avaient adopté chaleureusement les idées nouvelles : les peuples malheureux comptent toujours sur la Révolution pour les sauver ; la Révolution est leur espérance.

Jomini voyait toutes choses du point de vue militaire ; il demeurait très frappé du danger que courait la Grande- Armée arrivée sur la Vistule, si les Autrichiens tombaient sur ses communications avec iSo.ooo hommes. Il conseillait une entente, une alliance solide avec la Prusse, sur la base d'une reconstitution intégrale de la Pologne en sa faveur, seul moyen d'opposer aux Russes une barrière infranchissable.

Montgaillard estimait au contraire que la Prusse avait été trop humiliée, trop maltraitée pour qu'on pût espérer avec elle une réconciliation sincère. Il fallait lui ôter tout moyen de vengeance, l'anéantir au besoin, refaire la Pologne sur ses

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