I. Handelsinan, en annexe, p
ruines. Il fallait, pour arrêter la Russie, une barrière sur laquelle on pût compter : ce ne pouvait être la Prusse.
Napoléon écoutait tout cela, réfléchissait, se faisait une opinion, y fixait peu à peu sa volonté, au mieux de ses intérêts, naturellement : car il ne devait rien aux Polonais.
Il étudiait surtout le récent livre de Rulhière, Histoire des Révolutions de Pologne^ et il semble qu'il s'en soit particulièrement pénétré, très frappé, en son esprit autoritaire, passionné d'ordre, de l'impuissance politique où la Pologne s'était débattue pendant des siècles avant d'en mourir'. En tout cas il s'attachait à la pensée fondamentale de créer dans la région de la Yistule un Etat que l'on pût associer à l'empire turc pour redresser solidement la barrière de l'Est.
Il y avait des Polonais qui gardaient leur confiance à la Russie.
On sait qu'Adam Czartoryski voulait réconcilier la Pologne avec la Russie et réaliser par celle-ci l'unité slave et la reconstitution territoriale de sa patrie. L'année précédente, avant l'entrevue de Potsdam, il avait proposé à l'Empereur Alexandre de faire la guerre à la Prusse et de lui enlever ses provinces polonaises jusqu'à la Yistule ". C'était en somme la suite de la politique de Catherine II, qui n'avait consenti au partage de la Pologne que parce qu'elle ne pouvait faire mieux, qui aurait préféré absorber intégralement la Pologne dans son empire.
Le 5 décembre 1806, Adam Czartoryski adressa au tsar un Mémoire sur la nécessité de rétablir la Pologne pour prévenir Bonaparte. « Il faut, disait-il, que les bienfaits de l'Empereur surpassent les offres et les séductions de Bonaparte... Il faut refaire la Pologne et s'en proclamer Roi... La Russie commencerait ce lien heureux qui doit rattacher un jour
I. Corr. de Napoléon, XIII, 589; XIV, 127. a. Voir Napoléon et l'Europe, II, 211.
autour d'elle toutes les branches éparses de l'antique famille des Slaves \ » Alexandre n'osait pas, car il savait bien que l'Autriche et la Prusse n'y consentiraient pas, que c'était le moyen de les jeter dans les bras de la France.
Dans le même temps, un ami de Czar tory ski, Stanislas Niémcewicz, proposa de forcer la main au tsar : il n'y avait qu'à réunir tous les maréchaux de la noblesse polonaise à Yilna et à leur faire proclamer Mexandre roi de Pologne. Mais était-il si facile de réunir pour un tel but toute la noblesse du pays ? ^
Joseph Poniatowki lui-même hésita quelque temps sur le meilleur parti à prendre, et ne se décida pour Napoléon que dans les premiers jours de décembre, et même alors il lui resta des scrupiiles "-.
Le 25 janvier i8oj encore, l'archevêque Siestrzencewicz mettait dans une lettre les Polonais en garde contre la « conscience parjure » de Bonaparte.
Des questions d'intérêt entraient aussi en ligne de compte ; les nobles redoutaient un bouleversement social par le développement des idées révolutionnaires : on a vu plus haut les desseins de Thaddée Mostowski. Le principe de l'aboli tien du servage leur paraissait renfermer les pires catastrophes. Déjà sur ce point on distinguait à Varsovie deux partis dont l'antagonisme fut dès l'abord inquiétant, les modérés et les radicaux. Maret et Talleyrand, installés bientôt à Varsovie, eurent beaucoup de peine à les tenir en équilibre, à les ménager les uns et les autres, tout en évitant de se prononcer pour les uns ou pour les autres. Sans trancher la division, on pourrait dire qu'en général les radicaux comptaient sur la France, et les modérés plutôt sur la Russie.
Or il ne semble pas que Napoléon ait songé sincèrement à