Corr. de Napoléon, XIII
une paraphrase du proverbe : Aide-toi, le ciel t'aidera. Ils le pressent; comme Kosciusko, ils voudraient des garanties, ils voudraient un roi tout de suite : ce serait la meilleure des garanties. Napoléon s'irrite, et écrit à Murât : « Les Polonais qui montrent tant de circonspection, demandent des garanties avant de se déclarer, sont des égoïstes que l'amour de la patrie n'enflamme pas. » Pour leur donner un roi, il faudrait d'abord que la guerre fût finie, que l'on sût quel serait le royaume de ce roi. Ils réclament une constitution, celle de IJ91 ; mais cela aussi demande réflexion.
En somme il ne leur promit rien, et il sera impossible de lui reprocher jamais de les avoir trompés. Il dit même un jour à une députation polonaise : « Pour rétablir la Pologne, il faudrait du sang, puis du sang, et encore du sang, d donnant ainsi à entendre, observe 1 historien Armand Lefebvre, que, comme il avait fallu frapper trois fois cette grande victime pour 1 immoler, de même, pour lui rendre la vie, il faudrait trois guerres, toutes également heureuses', et l'on ajouterait volontiers que, pour ceux qui savent, il y avait dans ces mots les caractères d'une prophétie.
L'Empereur avait de grandes raisons pour ne pas s'avancer davantage, pour ne rien promettre de précis. Dans un projet de note qu'on lui soumit, il fit efi'acer tout ce qui tendait à le présenter comme « le libérateur de la Pologne, attendu qu'il ne s'était jamais expliqué à ce sujet'. » Une autre fois, il lui échappa de dire : « Ils ne sont plus une nation ! » Ce qui avait beaucoup de sens.
En outre, il y avait pour lui une nécessité absolue de ménager l'Autriche; elle surveillait de près la Galicie, d'autant plus que Napoléon lui avait proposé de l'échanger contre la Silésie, ce qui prouvait qu'il avait des visées
1. Armand Lefebvre, Histoire des cabinets de l Europe, IV. 3.