Corr. de Napoléon, XV
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dans cette direction. Le baron de Vincent arrivait à Varsovie, se mettait à l'affût de tous les événements, de tous les projets en circulation. Il ne fallait pas provoquer une prise d'armes immédiate sur les derrières de la Grande- Armée ; il ne fallait pas mettre la patience de l'Autriche à une trop délicate épreuve.
Il était grave aussi de refouler d un seul coup les Russes sur l'Asie, de leur enlever d'un trait le bénéfice d'une politique désormais séculaire et devenue leur politique nationale. Il fallait s'attendre de leur part à une formidable résistance ; il ne fallait pas leur inspirer le courage du désespoir.
Pourtant la politique fondamentale de l'Empereur était bien toujours de contenir leurs progrès vers l'Europe. A cette date, un publiciste du ministère des relations extérieures, M. Lesur, écrivait une brochure intitulée : De la politique et des progrès de la puissance russe. Il y reprenait quelques formules de Mallet du Pan sur « la balance politique du Nord » dès lors rompue, et sur « le grand problème de la sûreté de l'Europe ramené aujourd'hui à un seul point fondamental : Quels ont été les principes permanents de la cour de Russie et leurs résultats depuis le règne de Catherine II? » Puis, faisant une peinture effrayante de la grandeur russe, avec des tableaux et des statistiques sur les acquisitions de la Russie « depuis 1721 et surtout depuis trente ans », il comparait la barbarie russe à celle des anciens Mongols et s'écriait : c( Lorsque des troupes qu'on tue sans les vaincre sont animées et par la soif du brigandage, et par un fanatisme religieux, et par l'ambition d'un souverain qui, en perdant des soldats, ne perd que des esclaves, malheur aux Etats qu'avoisinerait un tourbillon si destructeur ! » Et il donnait à son travail cette épigraphe qu'il voulait particulièrement expressive ! « La puissance de Philippe, roi de Macédoine, originairement si faible et si resserrée, a toujours été en s'agrandis-
sant, et, après tous les envahissements que ce prince a faits, il y aurait moins à s'étonner qu'il subjuguât le reste de la Grèce que de voir ce qu'il était devenu du peu qu'il était ^ »
Pour toutes ces considérations, et sans engager l'avenir, l'Empereur s'arrêtait à la ferme pensée de garder la Pologne à sa disposition jusqu'à la paix, de l'utiliser, en attendant, comme un instrument de guerre. Elle fut six mois son quartier général, rien d'autre.
Il eut un régiment polonais dans sa garde : « Ce seront mes cosaques, » disait-il, et il est vrai qu'il leur réservait un rôle d'avant-garde.
Dès Posen, il avait fondé une administration provisoire du pays ; il avait fait appel à Dombrowski, dont il estimait les fortes qualités. Il s'était hâté surtout de constituer une commission de subsistances, de centraliser les dons patriotiques, de préparer la conscription. Les levées d'hommes, improvisées aussitôt, donnèrent les meilleurs résultats, grâce à l'état général du pays ; on eut presque instantanément plus de 5o,ooo hommes, toute une armée polonaise, enthousiaste et dévouée : un réel soulagement pour la Grande-Armée,
Au delà même, pour le cas où la guerre durerait. Napoléon agitait la pensée de soulever la Volhynie et le pays de Kaminiec. Le bruit se répandit que Masséna allait être envoyé dans cette direction jusqu'à la Moldavie, avec une armée de 3o.ooo hommes. Il est vrai que ces rumeurs n'étaient peut-être mises en circulation que pour tenter de démoraliser les Russes.
Wybicki, qui travaillait à côté de Dombrowski à cette première organisation des provinces polonaises, y mettait tout son zèle et donnait à ses compatriotes la meilleure direction d'opinion. Ainsi la Gazette de Varsovie, en son premier numéro, le i6 février 1807, estimait convenable v d'associer