‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 46 sur 235 · I. Aff. Étr., Corr. de Pologne, vol. 324, f"' i36-i · texte numérisé non relu

I. Aff. Étr., Corr. de Pologne, vol. 324, f"' i36-i

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la Pologne à la fédération respectable de TAllemagne ». Poniatowski et Zajontchek demandaient bien un roi français, avec la constitution de 179 1 : on les fît patienter comme les autres.

L'organisation du gouvernement provisoire de la Pologne fut confiée à Maret qui, connu pour ses anciennes sympathies à regard de ce malheureux pays et lié d'amitié avec Stanislas Potocki, inspirait confiance aux Polonais. Napoléon lui laissa d'abord une certaine liberté.

Le 14 janvier 180^ fut constituée une commission de gouvernement; elle était ainsi composée : Malachowski, président; Gutakowski, aux finances; Wybicki, à l'intérieur; Dzialinski, à la justice; Bielinski, à la police; Sobolewski, à la chancellerie; Stanislas Potocki, à la guerre. On les appela, selon le point de vue, (( les sept frères dormants, » ou « les sept arches », et les deux expressions étaient peutêtre également justifiées. Dans chacune de leurs administrations, ils étaient assistés de directeurs; ainsi Joseph Poniatowski fut directeur de l'administration de la guerre, Dombrowski restait à l'armée. Tous étaient originaires de l'ancienne Pologne prussienne. Les six anciens départements furent conservés : Varsovie, Posen, Kalisch, Bromberg, Plock, Bialystok\

Maret fut installé auprès de la commission, pour s'occuper surtout avec elle de l'armée et des subsistances ; intermédiaire des ordres très impérievix de Napoléon, il fut un « gouverneur » sans responsabilité, d'ailleurs plein d'égards pour les Polonais auxquels il eût voulu être plus utile.

Napoléon se défia-t-il de ses sympathies, qu'il ne cachait point ? Ou bien eut-il besoin vraiment de le reprendre auprès de lui? Il le remplaça bientôt à Varsovie par Talleyrand.

I. On trouvera aux Archives Nationales, AF. IV. 1692, les procèsverbaux des séances de la commission de gouvernement, régulièrement communiqués au gouvernement français.

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Talleyrand méprisait les Polonais en tant que nation, malgré ses bons rapports individuels avec quelques-uns, et il les détestait en bon Européen, soucieux de Tordre politique établi qu'ils troublaient. Il n'y avait pas à craindre qu'il commît quelque imprudence de langage, qu'il leur ouvrît des espérances exagérées. Il avait toutes les qualités pour se servir d'eux, sans les servir.

Du reste, il n'eut guère à s'occuper avec eux, surtout avec Wybicki. que de ravitaillement militaire. Il s'en plaint dans ses Mémoires^ : « Je faisais habiller des troupes, j'en faisais partir, j'achetais des vivres, je visitais les hôpitaux, j'assistais au pansement des blessés, je distribuais des gratifications, et je devais même aller jusqu'à indiquer au gouverneur ce qu'il fallait mettre dans ses ordres du jour. Ce genre d'occupations, qui était hors de mes habitudes, aurait été fort pénible, si je n'avais trouvé dans la maison du prince Poniatowski et de madame la comtesse Vincent Tyszkiewicz, sa sœur, des aides et des secours de tout genre. Les marques, d'abord d'intérêt, ensuite d'affection, que j'ai reçues dans cette excellente et noble famille, ont laissé dans mon cœur d'ineffaçables souvenirs de reconnaissance. Je quittai Varsovie avec peine. »

Talleyrand eut alors d'autres distractions, ses entretiens et négociations avec le baron de Vincent. Car Varsovie fut pendant quelques mois une sorte de quartier général diplomatique.

La mission du baron de Vincent, dont les intentions n'étaient pas avouées et dont le but était mystérieux, avait

Drullt. — Tilsit. f>-

par là un caractère assez inquiétant, favorable aux intrigues ^ ce qui n'était pas pour déplaire à Talleyrand.

Napoléon reçut l'agent autrichien et fît surtout porter la conversation sur les affaires d'Orient dont il était alors très préoccupé : la guerre venait d'être déclarée entre la Russie et la Turquie; une armée russe était entrée en Moldavie; les gouvernements de Londres et de Saint-Pétersbourg poussaient ensemble une action vigoureuse sur le gouvernement ottoman. C'est pourquoi l'Empereur envoyait à ce moment l'adjudant-commandant Mériage à Widdin, et se préparait à envoyer en Perse la mission Gardane.

Avec M. de Vincent il renouvela avec une grande insistance son désir d'un rapprochement véritable entre la France et l'Autriche ; il voulait sans doute par là garder le contact avec le gouvernement de Vienne, pour l'empêcher de se prononcer contre lui ou pour rester au courant de ses dispositions ; mais dès lors il avait bien aussi le souci de se servir de lui pour contenir la Russie. Il fit remarquer au baron de Vincent que « les affaires de l'empire ottoman étaient le véritable nœud des difficultés actuelles », et il lui proposa de faire un traité éventuel dont l'objet serait, s'il y avait moyen de conserver Tempire des Turcs, d'en garantir l'indépendance et l'intégrité, ou de s'entendre et de se concerter sur ce qu'il y aurait à faire de ses débris pour l'intérêt des deux . puissances, si, dans une supposition contraire, il était prouvé qu'il n'était pas plus possible de le conserver dans son entier que de réparer une glace qui se serait brisée en un grand nombre de morceaux ' . »

Le baron de Vincent soutint un moment la conversation ; Napoléon le pressant de dire ce qui conviendrait, dans ce dernier cas, à l'Autriche, il parla d'Orsova, de Belgrade. Napoléon céda aussitôt Belgrade, à condition que les Autri-

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