‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 57 sur 235 · I. Aff. Élr., Corr. de Vienne, vol. 38o, f · texte numérisé non relu

I. Aff. Élr., Corr. de Vienne, vol. 38o, f

ETLAU. BARTENSTEIN lo3

général Marmont avec lesquels vous devez avoir pour cet effet une correspondance régulière » '.

Napoléon estimait même nécessaire de reprendre un ton sévère, comme en novembre précédent : « Monsieur le prince de Bénévent, écrivez à M. Andréossy, et répandez partout que, indépendamment de 140.000 hommes qui viennent d arriver à mes dépôts en France, je viens de lever 80.000 hommes de la conscription de 1808 ; que je viens de créer en outre dix légions de réserve, qui sont destinées à la défense des frontières et des côtes : ce qui me mettra à même de faire marcher sur-le-champ toute Tarmée de Bretagne et de Normandie en Bavière. Parlez de ces mesures à M. de Vincent, dites-lui que cette n)uvelle levée nous était inutile; que les levées actuelles de l'Autriche m'y ont décidé ; que, si elle nous donne de 1 inquiétude, elle va avoir 4o.ooo hommes en Bavière;... que cela aura deux résultats, de faire dépen.ser beauc(jup d'argent à lAutriche et à moi, et de tendre à accroître mon é!at militaire, tandis qu il est bien plus simple que l Aulriche reste tranquille ;... que l'Autriche serait bien folle d attirer chez elle le théàire de la guerre ; et que, si l'on pouvait croire en Autriche que je suis embarrassé, je ne demande pas mieux de faire passer la revue de mon arm'C par un officier autrichien, qui verra par ses yeux combien de troupes je puis envoyer en Bavière dans un mois... Il faut aussi que M. Andréossy parle dans ce sens, mais recommandez-lui de le faire doucement et avec prudence^. »

On juge que le navire fait eau quand les rats cherchent à s'en aller. Talleyrand se tenait dans les meilleurs termes avec Vincent. « préparait son lendemiin », écrit ici M. Sorel, « flairait le reflux ». Trahison déjà? Non pas encore ;

I. AfT. Étr. Corr de Vienne, vol 38o, f^» 88, 102. 3. Corr. de Napoléon, XIV, 470.

I04 LA POLOGNE. EYLAL

et puis il ne faut pas employer de ces grands mois en ce qui n'est que souple adaptation aux événements, merveille d'ingéniosité diplomatique.

En cette « saison trouble », en ce « printemps fiévreux », comme dit plus loin Sorel \ Napoléon fut réellement en grand danger : la Prusse rebelle à tout arrangement et quasi provocante après tant de défaites, si l'Autriche se déclarait ? Elle déclancherait cette fois sans doute la coalition de l'Europe.

La contenant par des menaces, mais prudemment nuancées pour ne pas la provoquer et la jeter de colère dans les bras des alliés, Napoléon joua avec elle pendant ces quelques semaines un jeu très serré, qu'il devait reprendre en 18 13 dans une crise plus décisive.

De la même manière, il l'entretint tout ce temps dans une négociation sans doute plus dilatoire que sincère.

Le 9 mars, il écrivait à Talleyrand : « Voici ce que vous répondrez à M. de Vincent. Le plan de l'Empereur dans les affaires actuelles est celui-ci : restituer au Roi de Prusse son trône et ses Etats, et maintenir l'intégrité de la Porte. Quant à la Pologne, cela se trouve contenu dans la première partie de la phrase. Si ces bases de paix conviennent à lÂutriche, nous pouvons nous entendre. La tranquillité de l'Europe ne sera stable que lorsque la France et l'Autriche, ou la France et la Russie marcheront ensemble. Je l'ai proposé plusieurs fois à l'Autriche; je le lui propose encore... Vous pouvez dire à M. de Vincent que vous êtes autorisé à signer tout traité éventuel fondé sur ces bases '^ »

Le surlendemain l'Empereur eut lui-même un entretien avec M. de Vincent sur ce -sujet, et dans des termes analogues : « Depuis longtemps, lui dit- il, il était convaincu

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