‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 58 sur 235 · I. A. Sorel, VII, i33, i · texte numérisé non relu

I. A. Sorel, VII, i33, i

■1. Corr. de Napoléon, XIV, 4io-

EYLVU. BARTENSTEIN Io5

qu'il n'y aurait en Europe de tranquillité durable que lorsque deux des premières puissances du continent; seraient fortement unies pour en garantir le repos. L'une de ces puissances sera nécessairement la France. Quelle sera l'autre ? Il souhaitait vivement que ce fût l'Autriche. On ne pouvait désirer à Vienne que ce fût la Russie. Cène pouvait être que l'une ou l'autre de ces deux puissances. Une alliance de la France, soit avec l'Autriche, soit avec la Russie, serait le résultat inévitable de ce besoin de repos qu'éprouvaient tous les peuples... Si l'Autriche hésitait à former cette alliance, si, par ses incertitudes et ses lenteurs, elle mettait la France dans la nécessité de s'entendre avec les Russes, n'en aurait-elle pas des regrets aussi amers qu'ils seraient inutiles ? »

Et il pressait M. de Vincent de signer sur les bases précédentes un traité éventuel. — M. de Vincent se déclara sans pouvoirs pour une telle négociation. — « Que veut donc l'Autriche.^ répliqua l'Empereur; que désire-t-elle? Il faut qu'elle s'explique enfin avec franchise ! » Vincent, embarrassé, et pour ne pas opposer à son interlocuteur une fin de non-recevoir, parla d'une réduction des troupes françaises en Allemagne, delà nécessité pour l'Autriche d'avoir un débouché assez large sur l'Adriatique en Dalmatie, mais s'empressa d'ajouter qu'il lui fallait d'abord demander les instructions de sa Cour \

Le i8 mars, \incent, ayant sans doute reçu un courrier de Vienne, annonça à Talleyrand que son gouvernement était disposé à négocier, mais non pas avec la France seule, aussi avec les autres belligérants : il venait d'envoyer dans cette intention M. de Merveldt à Saint-Pétersbourg. Réponse qui avait beaucoup de ressemblance avec celle de la Prusse, et paraissait donc révéler une entente avec les alliés.

L Empereur en eut un moment demotion. Andréossy

I. Aff. Étr., Corr. de Vienne, vol. 38o, f'^ gS. — A. Lefebvre, III, 70.

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donnait alors de nouveaux détails sur les armements de r Autriche et sur les dispositions de Topinion à Vienne : « Son éloignement pour la France est invincible ; tant qu'elle conservera quelque espoir, elle ne consentira jamais à une alliance; elle feindra peut-être de vouloir se rapprocher ; mais ce sera, ou pour épier les intentions secrètes de Sa Majesté, ou pour tenir des agents à portée de connaître la véritable situation des choses'. » Cela, à l'adresse du baron de Vincent.

Napoléon cacha assez mal ses inquiétudes dans la lettre qu'il adressa à Talleyrand le 20 mars : « Vous devez répondre à M. deVincentque vous ne pouvez pas faire une réponse officielle à une chose qui ne lui a pas été officiellement déclarée;.., qu'il serait possible qu'on ne fût pas éloigné d accepter la médiation de 1 Autriche ; mais que le préalable dans cette circonstance, c'est que 1 Autriche n'arme pas, et que, s'il est dans l'intention de la cour de Vienne de rétablir la paix entre la France et la Russie, elle doit se présenter un bâton blanc à la main, comme un juge de paix. Il résultera de cela pour l'Autriche un très beau rôle... Au reste, je ne ferai une réponse officielle que lorsque j aurai une notification officielle. Vous laisserez pressentir que cette réponse sera favorable, si je n ai aucun sujet d'inquiétude du côté de l'Autriche". »

Mais l'Autriche aurait-elle le bâton blanc à la main, ou l'épée au poing ? Redoutable question de ces derniers jours de mars.

Pour tâcher d'entretenir encore quelque temps les hésitations de la cour de \ienne, 1 Empereur lui fit de nouvelles avances, et Talleyrand écrivit à Andréossy : « Sa Majesté est disposée à accepter la médiation de l'Autriche pour une

I. AfF. Etr., Corr. de Vienne, vol. 38o, i'^^ 106, 109, 116. 3. Corr. de Napoléon, XIV, 48a.

paix dans laquelle la Turquie serait comprise; car, direzvous, 1 inU'grïLé de la Turquie et son indépendance sont pour la France un intérêt de premier ordre, et Sa Majesté croit que 1 Autriche n'est pas moins intéressée à ne pas laisser entamer l'empire ottoman. Vous insisterez sur ce point, et vous direz qu'en parlant de l'empire ottoman, il doit êlre entendu que la Vulachie et la Moldavie ne seront pas exceptées et ne continueront pas à dépendre des Russes. »

Peut-être en effet, sans l avouer à la France, l'Autriche craignait elle les progrès de la Russie dans la région du Danube inférieur ; peul-êire cette considération influerait elle sur ses décisions ou la tiendrait-elle dans l indécision. Et 1 Empereur se déclarait même prêta signer un armistice*. Il fallait à tout prix empêcher lAutriche de se prononcer.

Napoléon ne fut fl\é que le 7 avril, mais il en éprouva un réel soulagement. Ce jour là le baron de Vincent remit à Talleyrand une note olFicielle offrant la médiation de l'Autriche entre la Fr.mce et les cours de Saint-Pétersbourg, Beilin et Londres, « pour une négociation en commun qui embrasserait l'ensemble de leurs intérêts réciproques, afin de conclure une paix assurée et solide qui garantisse pour l avenir les relations politiques de l'Europe ».

Ainsi l'Autriche se présentait en juge de paix. C'était laisser du n'pit à Napoléon ; il en eut de la satisfaction. Il s'atlendaïL à auire chose. « Il résulte de ses lettres (d'Andréossy), écrivait-il à Talleyrand, que l'Autriche ne nous fera point la guerre, qu'elle sent sa position délicate, et qu elle louvoie entre nous et la Rus.sie ; il ne nous en faut pas davantage. Quant à la ré|)onse à faire à M. Andréossy, écrivez-lui dans ce sens; dites-lui que j'ai été satisfait de la note de l'Autriche et que je me dispose à y répondre favorablement. ))

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