I. Aff. Étr., Corr. de Vienne, vol. 38o, f
LA POLOGNE. ETLAU
Le 19 avril, en effet, Talleyrand, au nom delà France, accepte officiellement la médiation de l'Autriche ; il faut lire tout entière celte note dont tous les termes ont été pesés avec le plus grand soin.
« Le soussigné, Ministre des relations extérieures, a mis sous les yeux de Sa Majesté lEmpereur et Roi la note qui lui a été remise par M. le baron de Vincent.
« L'Empereur accepte, pour lui et ses alliés, 1 intervention amicale de 1 empereur François II pour le rétablissement de la paix, si nécessaire à tous les peuples, II n'a qu'une crainte, c'est que la puissance qui jusqu'ici paraît s'être fait un système d'asseoir sa grandeur et sa puissance sur les divisions du continent, ne cherche à faire sortir de ce congrès de nouveaux sujets d aigreur et de nouveaux prétextes de dissension. Cependant toute voie qui peut faire espérer la cessation de l'effusion du sang et porter enfin des consolations parmi tant de familles ne doit pas être négligée par la France, qui, au su de toute T Europe, a été entraînée malgré elle dans la présente guerre.
« L'Empereur Napoléon trouve d'ailleurs, dans cette circonstance, une occasion naturelle et éclatante de témoigner au souverain de l'Autriche la confiance qu'il lui inspire, et le désir qu'il a de voir se resserrer entre les deux peuples, les liens qui ont fait, en d'autres temps, leur prospérité commune, et qui peuvent aujourdhui, plus que toute autre chose, consolider leur tranquillité et leur bien être '. »
A ce moment l'Autriche recevait communication des articles de Bartenstein : par ce qu'ils disaient, par ce qu'ils sous-en tendaient, par le fait qu ils étaient le résultat d'une entente entre la Prusse et la Russie et qu'une telle entente pouvait nêtre pas profitable aux intérêts de la cour de Vienne,
I. Aff. Étr., Corr. de Vienne, vol. 38o, f" i38. — Corr. de Nap., XV, 69,81.
ils n'étaient pas pour lui plaire, pas plus qu'à l'Angleterre. Elle s'en tint donc à sa médiation, et poursuivit là-dessus, avec une certaine activité, une négociation forcément longue, de Londres à Saint-Pétersbourg. Elle fut heureuse de n'avoir pas à se prononcer, d avoir au moins du temps devant elle.
Un détail nous paraît très expressif de ses rapports avec la Russie. L'impératrice mourut le i3 avril 1807, et il fut presque aussitôt question de remarier François II avec la grande-duchesse Catherine, sœur du tsar. Le chancelier de Russie, M. de Budberg, écrivit de Bartenstein le 18 mai à son souverain une lettre où il lui donnait le ferme conseil de ne pas donner son consentement à ce mariage; entre autres raisons, il faisait valoir la situation précaire de l'Autriche. « Dès lors, disait-il, les sentiments aussi tendres que naturels que Votre Majesté porte à son auguste sœur attacheraient la Russie d^une manière indissoluble au sort de T Au triche ; la dernière goutte du sang de vos sujets appartiendrait, pour ainsi dire, autant à cette puissance qu'à la patrie ; et la Russie, entraînée malgré elle dans des intérêts qui au fond peuvent devenir très différents des siens, cesserait de fait d être une puissance indépendante \ »
On voit si les liens de léternelle « coalition » étaient étroitement serrés.
En attendant. Napoléon était sauvé du danger qu'il avait un moment redouté. Il avait gagné le temps nécessaire à la reconstitution de ses forces ; le printemps était venu et commençait de sécher les boues de la Pologne et de la Prusse ; 1 herbe poussait. La saison était favorable à l'achèvement du siège de Danzig et à la reprise des opérations contre les Russes. Il ne lui fallait plus que quelques semaines pour être prêt. L'Autriche était bonne de les lui assurer.
I. Tratchevski, Rapports de la France et de la Russie, IV, 47-49-
LA POLOG^E. ETLAU
Cependant Talleyrand faisait du zèle pour la paix, croyant sincère, au moins de quelque côté, la négociation de la médiation, ou plutôt attaché lui même à une politique qui n était pas tout à fait celle de son souverain. Il reçut le 2 3 avril une verte réprimande. « Monsieur le piince de Bénévent, je reçois votre lettre du 20 avril II me semble que vous vous êtes trop avancé en disant que vous pensiez qu un armistice sur la base du status prœsens pourrait convenir. » — Onavu en effet que Napoléon s y était déclaré prêt quelques jours auparavant. — « Je vous ai recommandé et je vous recommande encore la plus grande circonspection. Vous connaissez d abord qu il faut que j aie Dnnzig; il est possible même qu il faille que j'aie Graudenz. Vous avez dune commis une 1res grande faute. Il fallait vous en tenir à la première explication, que vous ne saviez rien là-dessus. Pourquoi donc samuser à s'expliquer sur des ques lions de cette nature, lorsqu'on ne vous a point fait connaître si les puissances ont accepté ou non la médiation ?... D'ailleurs il n'est pas de circonstances 011 il faille marcher plus doucement que dans celle-ci; moins vous en direz, mieux cela vaudra. Vous avez remis la note le 20 ; songez donc qu elle sera le 24 à Vienne, qu'elle peut être le 29 à Bartenslein, et que, le 2 ou le 3 mai, on peut avoir une réponse à une proposition d'armistice ; et dans cet intervalle je ne sais pas ce qu'il pourra me convenir de faire... Il faut que vous soyez parfaitement ignorant des opérations militaires ; quelles soient pour vous la mer à boire ; que vous ignoriez même les positions qu'on occupe, leurs inconvénients et leurs avantages ; que ce ne soit point votre métier... Il faut donc être circonspect, marcher doucement et voir venir ; ne s engager en rien, d aucune manière, pas d'un iota plusqu il n y a d'écrit dans la note; il faut que le lieu même où doit se réunir le congrès puisse, si cela convient, devenir un objet de longueurs et de discussions. Je vous recommande de bien
VOUS pénétrer de tout cela, qui est de la plus grande importance'. »
Dans les derniers jours du mois d'avril, les gouvernements de Londres, de Berlin et de Saint-Pétersbourg firent connaître, comme le gouvernement français, leur acceptation de la médiation autrichienne, soucieux seulement de savoir sur quelles bases la négociation de la paix générale pourrait être engagée, et cela même pouvait encore entraîner quelques longueurs et discussions.
Du moins le baron de Vincent fit il connaître à Varsovie cette adhésion générale. A quoi Talleyrand, docile à la leçon reçue, répondit qu'il était désormais assez difficile d atteindre Napoléon pour avoir ses instructions : « L Empereur se trouve chaque jour plus éloigné ; car Sa Majesté, poursuivant ses avantages, a passé la Pregel, et peut être est-elle en ce moment sur les bords du Niémen ^ » Or à cette date Napoléon n'avait pas bougé de Finkenstein, où il était installé depuis un mois, et il ne devait pas mettre ses troupes en mouvement avant les premiers jours de juin. Même il appela Talleyrand auprès de lui, par lettre du 29 avril, pour achever de rompre toute négociation avec la cour de Vienne.
Pendant tout le mois de mai, le baron de Vincent essaya d'avoir des nouvelles du quartier général français. Ce fut en vain, et il en fut fort peiné, ayant noué dès lors avec le prince de Bénévent des relations très étroites.
Voici là-dessus deux pièces curieuses, deux lettres écrites le même jour, 16 juin, par M. de Vincent à Talleyrand, Tune destinée au ministre, l autre à l'ami.
« Mon prince, le désir de me rapprocher de vous, que je vous ai témoigné par les lettres que j'ai eu Ihonneur de vous adresser le 29 du mois dernier et le 8 de celui-ci, n'ayant