I. Moniteur, i3 mars
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Selon Sébastian!, qui commençait à le bien connaître après trois missions, l'empire ottoman ne durait des lors qu à la condition de n'y pas toucher, de ne pas trop Tagiter ; il était à craindre qu'il ne s'effondrât au premier choc, et que Napoléon n'arrivât trop tard pour le sauver, ou pour le prendre.
les anglais devant co nst anti nop le (février 1807)
Pour le moment, Napoléon retenait les Russes, mais non les Anglais. Le gouvernement de Londres, comme celui de Vienne, n'était pas sans inquiétude à voir l'invasion russe en Moldavie ; il était tout prêt à arrêter son allié sur le chemin de Byzance ou à l'y prévenir, ce qui revenait au même. On sait que ce fut dès lors un des principes essentiels de la politique britannique de contenir toujours les Russes sur les voies de la Méditerranée et de 1 Inde : encore un point qui oblige à faire les plus importantes réserves sur la prétendue « coalition» de l'Europe unie contre la France napoléonienne.
Des vaisseaux anglais avaient été envoyés vers les Détroits dès que l on avait connu l'entrée des Russes en Moldavie.
Il convient d'ailleurs d'insister sur cet épisode capital des luttes entre la France et TAngleterre, où le gouvernement britannique commençait à prendre conscience, quoique encore avec une netteté insuffisante, de la politique à laquelle il allait être attaché pendant tout le xix^ siècle, c'est-à-dire de sa politique méditerranéenne.
Trente ans auparavant, on l'avait vu fournir des amiraux et des pilotes aux vaisseaux de Catherine II, accomplissant autour de l'Europe Je vaste périple qui leur avait permis de détruire la flotte turque à Tchesmé, Alors sans doute l'An-
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gleterre n'avait pas bien vu que la route de l'Inde allait bientôt passer par la Méditerranée.
La campagne de Bonaparte en Egypte fut pour elle une première révélation ; elle devina ses relations avec les ennemis qu'elle avait dans l'Inde, le projet qu'avait formé le Directoire d'ouvrir un canal entre la Méditerranée et la mer Rouge. Bientôt après, elle eut le droit de s'efTrayer de l'alliance du tsar Paul avec le premier Consul, celte alliance étant directement dressée contre elle, et désormais elle devait avoir le constant souci d une entente franco-russe à son détriment. Elle ne pouvait pas être sûre qu Alexandre l" ne s'accorderait pas avec Napoléon, puisque Paul s'était accordé avec Bonaparte au lendemain même des défaites que Souvarof avait subies en Suisse.
Nous avons vu que toutes ces considérations l'avaient amenée à garder Malte, symbole de la nouvelle politique qui lui était imposée,
La quatrième coalition formée contre la France, les « alliés » de 1 Angleterre rappelaient à une diversion sur les côtes delà mer du Nord ou sur celles de la mer Baltique. Elle ne fit rien en ce sens, elle n'avait rien à y gagner. Elle avait fait de la Sicile le quartier général de ses forces principales ; elle pouvait de là remporter sur la Méditerranée des succès décisifs, d'incalculable portée. Elle en manqua l'occasion. Elle vit à peu près la politique à suivre ; elle ne la suivit point avec l'énergie qui convenait ; il faut bien dire que souvent le gouvernement anglais ne fut pas à la hauteur des circonstances de la grande lutte où il était engagé ; il manqua d'hommes après Pitt et Fox; et il devait être pour bien peu de chose dans la défaite de son terrible ennemi.
Donc, lorsque la rupture se produisit entre la Porte et la Russie, lambassadeur britannique à Constantinople, Arbnthnot, ne dissimula pointau gouvernement ottoman qu'il n'approuvait pas la conduite de la Russie et l'entrée de ses trou-
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pes en Moldavie, et il promit que TAngleterre resterait neutre « pourvu que la Porte ne formât aucune liaison avec la France ».
Mais dans le courant de janvier 1807, son gouvernement lui envoya d'autres instructions. C était au lendemain du décret de Berlin qui annonçait entre la France et 1 Angleterre la guerre inexpiable ; sous le coup de colère — il arrive que la colère soit mauvaise conseillère — , le ministère britannique ordonna à Arbuthnot de se mettre absolument d'accord avec la Russie, d avancer les mênaes exigences à l'égard de la Porte, de les dépasser encore : renouvellement de lalliance conclue en 1798 ; — expulsion immédiate de l'ambassadeur de France ; — remise des vaisseaux turcs et des forts des Détroits aux Anglais ; — abandon de la Moldavie et de la Valachie aux Russes, jusqu'à la paix générale.
Cette brutalité était maladroite; elle révélait les inquiétudes que la présence de Sébastiani à Constantinople inspirait à l'Angleterre et augmenlait ainsi le prestige de l'ambassadeur de France; elle ne pouvait que blesser l'amour-propre et le palriolisme des Turcs et les jeter dans le parti de Napoléon \
Cet ultimatum déposé à la Porte le 2 5 janvier fut repoussé aussitôt.
Le soir, toute la colonie anglaise de Constantinople assistait à une brillante réception à bord de ÏEndymion qui y était arrivé quelques jours auparavant. Dans la nuit, le vaisseau leva ses ancres, et s'éloigna sans bruit avec ses invités, vers les Dardanelles, jusquà l'île de Ténédos. En s'en allant, ArbuLhnot somma en termes sévères le gouvernement
I. Les not^^s d Arbulhnot. puis celles de l'amiral Duckworth, relatives à 1 affaire que nous racontons, onl été régulièrement communiquées par le gonvernemenl turc à Sôbastiani et font partie de sa correspondance officielle avec Paris. — Cf. Aff. Elr., Corr. de Turquie, dépêches des 17, 3o janvier, 11, 18, 24 février 1807.
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ottoman de respecter les personnes et les biens des Anglais qui étaient restés dans la ville; en termes différents il pria Sébastiani de les prendre sous sa sauvegarde, au nom de la civilisation. Ils ne souffrirent aucun dommage.
Sans doute Arbuthnot avait craint d être enfermé aux Sept- Tours, selon les coutumes anciennes ; pour n'avoir pas 1 air de fuir et se donner une contenance, il emmenait tout le monde ; il pensait faire croire qu'il avait été obligé d agir ainsi pour arracher les sujets britanniques à la barbarie des Turcs ; mais alors son devoir eût été de partir le dernier, après les femmes et les enfants que justement il avait laissés à la merci de cette barbarie. La Porte s'empressa d ailleurs de proclamer qu'ils n'avaient rien à craindre, et elle fit honneur à cette proclamation.
Du reste il n'y eut pas rupture formelle entre la Turquie et l'Angleterre; au nom de son gouvernement, Arbuthnot continua de négocier. . . derrière les canons de 1 amiral Duckworth.
De Tenedos, où ils avaient amené quelques bateaux, l'amiral Duckworth et le contre-amiral Lewis entretinrent un moment la conversation avec le capi tan-pacha, installé aux Dardanelles. Ils lui rappelèrent que Bonaparte jadis avait voulu prendre l'Egypte et la Syrie, qu il était donc le pire ennemi des Turcs ; que l'Angleterre était leur meilleure amie, mais qu'aussi elle pouvait leur faire beaucoup de mal ; ils lui expliquèrent qu il fallait au moins que lambassadeur français s'en allât, qu'il était impossible dadmeltre qu'un ambassadeur d'Angleterre et un ambassadeur de France pussent résider ensemble à Gonstantinople, que le départ d' Arbuthnot n'avait pas eu d'autre raison ; ils consentaient, n'ayant que des intentions conciliantes, que l'article où la Porte s'engagerait à éloigner l'ambassadeur français fut tenu secret, pour lui éviter tout ennui de la part de Napoléon. — Le capitan écouta tout cela, puis fit observer qu'il n'avait pas