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LES ANGLAIS DEVANT CONSTANTINOPLE

d'autorité pour négocier, qu'il n'avait pas d'autre mission que de tenir les Dardanelles en bon état de défense.

Cependant, à Constanlinople, Sébastiani soutenait le courage des Turcs, qui avait besoin d'être soutenu contre les mauvaises nouvelles : — on répandait dans toute 1 Europe le bruit que les troupes françaises avaient été battues en Pologne : c'était le résultat des rudes batailles de décembre autour de Varsovie — ; contre les menaces des Anglais et du parti russe toujours puissant autour du sultan. Mais il ne se faisait pas d illusion, n'avait pas la moindre confiance dans l'énergie des ministres ottomans ; il s'attendait à être sacrifié, à être enfermé lui-même aux Sept-Tours bien qu'il eût évité cette épreuve à son collègue de Russie. Pourtant il n'avait pas l'intention de fuir, ni seul, ni en compagnie.

Le 6 février, Arbuthnot envoya au Divan une sommation redoutable : l'amiral Duckworlh venait d'être rejoint par sir Sydney Smith, celui-ci spécialement désigné pour commander le bombardement, et son seul nom était pour faire frémir. « Pensez seulement, écrivait l'ambassadeur, que nous avons trois amiraux dans cette flotte! » Et cette flotte avait une quantité de galiotes à bombes, et il fallait donc s'attendre aux plus terribles malheurs.

Pas de réponse de Constantinople.

Le 9 février, nouvelle communication d'Arbuthnot : réflexion faite, il voulait bien faire preuve de générosité : que la Porte déclarât seulement la cessation des hostilités avec la Russie; et il serait content. La Porte n'apprécia pas cette grandeur d'âme; elle ne répondit pas.

Puis les Anglais annoncèrent l'intention de franchir pacifiquement les Dardanelles en saluant le capitan-pacha ; mais aussitôt après ils décidèrent de passer sans saluer, de peur que les salves ne fussent prises pour des boulets et qu'on n'y répondît : il était convenable d éviter tout accident fâcheux.

Enfin, le 19 février, la flotte anglaise s'engagea dans le

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détroit. Les forts turcs lui envoyèrent quelques boulets de canon, qui ne firent pas de dégâts sérieux, déchirant seulement quelques voiles. A la sortie du détroit, dans la baie de Nagara, les Anglais surprirent six bâtiments turcs: ils les détruisirent et la fumée de l'incendie se voyait de Constantinople : sinistre avertissement.

Le 20 février, à cinq heures du soir, les vaisseaux anglais jetèrent l'ancre devant Constantinople, à deux portées de canon. Le moment est solennel.

La stupeur et lépouvante bouleversèrent aussitôt la ville entière, en manifestations tumultueuses. Le sérail, au bord de la mer, fut agile comme par une menace d éruption volcanique, parmi les cris des femmes et les gémissements des eunuques. Il parut que Constantinople était à la veille de son dernier jour. En vérité, la capilale des Ottomans n'avait rien pour se défendre, elle était littéralement à la merci d'un coup de main.

L'opinion n'eut d énergie que pour se prononcer contre Sébastiani qui avait attiré sur la Porte de tels malheurs. Tout de suite, le soir même du 20, sultan Sélim envoya à l'ambassade de France un de ses officiers, Isaac-Bey, pour informer lambassadeur que, dans 1 état de surexcitation de la population, on ne pouvait plus répondre de sa sûreté. On espérait sans doute qu'il s'en irait de lui-même : ce qui eût tout arrangé en effet.

Mais il n'était pas de ce tempérament.

« Je répondis à Isaac-Bey, écrit-il à Talleyrand, que rien ne me ferait abandonner le poste qui m'avait élé assigné par mon auguste maître; qu un ambassadeur de France appartenait à une trop grande puissance et était trop sûr d'être vengé pour craindre une émeute populaire; qu'au reste je le chargeais de dire à Sa Hautesse elle-même que ce serait non seulement perdre l'honneur de l'empire ottoman, mais même s'exposer à perdre la Turquie européenne, si on acceptait les

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