LES ANGLAIS DEVANT CONSTANTIMOPLE
conditions que voulait lui imposer lAngleterre, el qu'il valait encore mieux quitter cette capitale, se retirer par exemple à Andrinople que de livrer aux Anglais une puissance de trente millions d habitants; que d'ailleurs la Sublime Porte ne pouvait pas ignorer que son adhésion au traité proposé par M. Arbulhnot ne lui ferait pas seulement perdre l amitié de Sa Majesté l'Empereur, mais l'exposerait à toute sa colère'. »
Le même jour, arrivait à Constantinople une lettre de Napoléon au sultan Sélim, datée de Varsovie, 10 janvier : « J ai lu avec un vif intérêt, disait l'Empereur, la lettre de Voire Hautesse. J ai été indignî, comme elle, de la proclamation des généraux russes ; elle a pris le parti de défendre ses Eiats : elle peut être certaine que je la seconderai de tous mes moyens. L armée russe continue à fuir devant moi. Le moment est venu de consolider 1 empire des Ottomans. 11 faut que Votre Hautesse prenne toutes les mesures énergiques qu'oUre la fidélité de ses peuples, pour ne laisser à nos ennemis communs aucun instant de repos. Votre très cher et parfait ami. Napoléon. — Ecrit en notre camp impérial de Varsovie, le -^o janvier 180^". »
Jamais lettre n'arriva plus à propos et ne fit impression plus rapide. Le revirement fut immédiat et complet dans les conseils du Sultan. Non seulement Sébastian! ne fut plus prié de s éloigner; mais il fut chargé de défendre Constantinople contre l'attaque des Anglais : peut-être faut-il y voir 1 arrièrepensée de lui laisser toute responsabilité en cas de complications, ou plutôt 1 effet du prestige du nom français, et l'espoir qu un officier de Napoléon assurerait à la Porte le bénéfice de son génie victorieux.
Sébastian! conseilla de traîner d'abord les choses en lon-
1. Aff. Etr., Corr. de Turquie. 3 mars 1807. — E. Driault, La politique orientale de Napoléon, p. 97-98.