De Glercq, Recueil des traités de la France, II, 20i-2o
LES PLANS DE FINKENSTEIN l49
peuples du Kandahar à s'armer contre l'Angleterre, et, passant sur leur territoire, « il fera marcher une armée sur les possessions anglaises de l'Inde ».
Si une escadre française aborde dans les ports du golfe Persique, elle y trouvera toutes les facilités et tous les secours dont elle aura besoin. Si l'empereur Napoléon envoie une armée contre l'Inde par terre, elle aura passage en Perse, et une convention spéciale indiquera les routes à suivre, les subsistances et les moyens de transport à fournir et les troupes auxiliaires que l'empereur de Perse y joindra.
Un traité de commerce sera négocié à Téhéran.
En tout cela il est surtout question de l'Angleterre, et le traité de Finkenstein est surtout un instrument d'action contre l'Angleterre. Et c'est tout naturel : Napoléon ne pouvait pas sérieusement compter sur l'efficacité d'une diversion militaire persane contre les Russes, encore moins que de la part des Turcs.
En tout cas la nouvelle alliance fut célébrée sur le mode lyrique. Napoléon l'annonça lui-même le lendemain au schah de Perse : « La fidèle exécution de ce traité d'alliance fera la gloire de ton empire et le désespoir de nos ennemis ^ »
Feth-Ali répondit en son style : « L'on eût dit que chaque caractère sur ces nobles feuilles était goutte d'ambre sur du camphre pur, ou des cheveux bouclés et odorants sur les joues roses d une amante au sein de lys. L'odeur ambrée de cet écrit aimable a embaumé l'alcôve de notre âme sensible à l'amitié et parfumé de musc le cabinet de notre cœur plein de constance et de droiture. »
Il couvrait Napoléon des dithyrambes de son admiration : — « Merveille de nos jours, souverain sur qui veille l'Etoile de Saturne, dont Jupiter est l'arc, Mars le champ de bataille, dont le Soleil est l'œil, Vénus est la voix et Mercure le génie,