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I. Corr. de iXapoléon, XV

i5o CONSTANTINOPLE ET FINKENSTEIN

à qui la Lune sert de couronne ; Prince qui a arboré l'étendard de la Grandeur et qui s'est assis sur le trône de la puissance suprême, Lion des forêts de la valeur et de l'héroïsme, Baleine de locéan de la Science et de la Sagesse, Cloche de haute dignité qui répand à grand bruit sa haute renommée ; le plus grand des Empereurs, chef absolu des Etats de la Sublime France, Roi d'Italie, etc. »

Et le grand vizir Mirza-Mohammed-Chefy offrait à Talleyrand <( les perles de Féloge et de la louange apportées sur le rivage par le plongeur de Tamitié qui les a retirées des mers de la candeur et de la sincérité, et les fleurs de la bienveillance et de Taffection écloses sur les arbres des traités et de la bonne foi, où elles se sont changées en fruits au souffle flatteur du Zéphire du printemps de 1 union » .

Restait à mettre à profit de si heureuses dispositions. Dès le commencement d'avril, Napoléon avait désigné son aide de camp, le général Gardane, pour aller en Perse. « Il est, écrivait-il à Talleyrand, petit-fils de celui qui a fait le traité de i|7i5. Il considère cela comme une charge qui lui a été laissée par ses aïeux, et il est plein de zèle pour cette mission. » Dans le premier projet d'instructions préparé par l'Empereur à cette occasion, il est question notamment de « reconnaître les ressources delà Perse ; bien étudier surtout la nature des obstacles qu'aurait à franchir une armée française de 40.000 liommes, qui se rendrait aux Grandes Indes et qui serait favorisée par la Porte et par la Perse » .

« Vous comprenez, écrit-il encore au prince de Bénévent à ce sujet, de quel intérêt il est pour moi de m'allier avec la Perse. Si l'on est aussi raisonnable qu'on le paraît, — on, c'est l'ambassadeur persan dont on annonce l'arrivée, — il est impossible qu'en envoyant au mois d'octobre en Perse une escadre portant i.5oo hommes avec des officiers et sous-officiers, je ne parvienne pas à faire une diversion immense contre la Russie. Vous en parlerez dans ce sens à

LES PLANS DE FINKENSTEIN l5r

l'ambassadeur, en lui disant que j'enverrai le cadre d'un corps de lo ou I2.000 hommes, en officiers, qu'on remplira en Perse avec des soldats. Ce corps sera en deux mois en état de battre les Russes. Gardane est bien capable, non seulement de diriger, mais même décommander ce corps. Je vous laisse à penser l'effroi qu'auraient l'Angleterre et la Russie trois mois après la présence de ce corps de troupes en Perse ^ »

On voit si les plans de Napoléon avaient de l'envergure. Comment admettre, en lisant de pareilles lettres, que Napoléon n'avait d autre politique que d'imposer la paix à « l'Europe » et que de l'obliger à reconnaître la grandeur de la France établie dans ses frontières naturelles ?

Les instructions définitives de Gardane ne furent rédigées qu'après le traité de Finkenstein, le lo mai 1807'^ C'est le développement des précédentes, avec des vues nouvelles. Il y est question des préparatifs militaires à faire en Perse contre les Russes, d'une voie commerciale à ouvrir entre Alep et Bagdad. Gardane doit prendre des renseignements sur les Wahabites, tribus rebelles au sultan de Constantinople à qui elles viennent d enlever la plus grande partie de 1 Arabie; elles se sont emparées de La Mecque en avril i8o6 ; elles semblen^représenter une réaction des Arabes contre la domination turque, considérée comme désormais épuisée; il y a là des forces remarquables en mouvement ; il faut les observer, voir si elles n'annoncent pas que le moment soit venu de rendre à leur prospérité et à leur gloire d'autrefois les prestigieux et merveilleux pays de Bagdad et de Babylone.

Car tout ce que toucha Napoléon, même de loin, parut frissonner comme dune vie nouvelle. C'est la marque mystérieuse de son génie.

Gardane devait envoyer des officiers à travers toute l'Asie

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