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armistice immédiat. Bennigsen envoya par un aide de camp une lettre à Murât en ce sens. Murât lui fit répondre par le chef d'escadron Louis de Péiigord, que le major-général Berthier était prêt à entrer en négociation.
Le prince Lobanof reçut au camp français Taccueil le plus empressé. Berthier lui déclara sa joie d'entamer avec lui des pourparlers en vue de la paix. Lobanof, pour éviter tout malentendu, prévint le major-général que l'empereur son maître, malgré son vif désir de finir la guerre, n'admettrait pas des conditions humiliantes, et en particulier ne consentirait à aucune cession de territoire. Berthier le rassura sur les intentions de l'empereur Napoléon, et tout aussitôt l'on commença de jeter les bases de l'armistice. Puis Lobanof rentra au camp russe pour y attendre les décisions de Napoléon.
Le soir même, il y fut rejoint par le grand maréchal Duroc, chargé de déclarer que l'Empereur des Français ne voulait pas seulement conclure avec la Russie un armistice, mais une paix définitive. Cette démarche était capitale; elle révélait les dispositions de Napoléon; elle était pour faire disparaître les dernières hésitations de 1 empereur Alexandre.
Dans ces conditions, la négociation de l'armistice ne traîna pas.
Tout d'abord, Berthier proposa à Lobanof un armistice général, c'est-à-dire valable pour l'armée prussienne comme pour l'armée russe, moyennant la remise aux troupes françaises des trois forteresses prussiennes de Graudenz, Kolberg et Pillau. Lobanof refusa fermement : il n'avait de pouvoirs que pour un armistice séparé entre les armées française et russe , et il ne lui appartenait pas de rien consentir pour des forteresses prussiennes. Alexandre P'' confirma avec la même énergie cette position prise par le prince Lobanof, mais en même temps il lui envoya des instructions formelles pour l'ouverture de la négociation de la paix définitive.
LA VEILLE DE TILSIT
C'était la réponse aux avances deDuroc. Dès lors Alexandre avait pris son parti en ce sens. La joie en fut grande chez quelques personnes de son entourage, notamment chex son frère le grand-duc Constantin, qui paraissait avoir hérité pour « Bonaparte », quelque chose de l'admiration de son père Paul I",
La première démarche à faire était de se mettre d'accord avec la Prusse. Alexandre et Frédéric-Guillaume se rencontrèrent de nouveau à Schawel. Alexandre fit part à son allié de ses intentions, La reine manifesta la crainte que la Prusse ne fût abandonnée par la Russie, livrée au conquérant. Mais nous verrons qu'il ne faut pas exagérer la « trahison » de la Russie à l'égard de la Prusse, pas plus que celle de Napoléon à l'égard de la Turquie. En vérité la Russie rendit alors à la Prusse les plus grands services.
Et d'abord le concert fut maintenu entre les deux alliés. Hardenberg, qui avait joué le premier rôle à la convention de Bartenstein, espéra être chargé de la négociation générale au nom de la Russie et de la Prusse, et, pour en être digne, il dressa le célèbre plan de remaniement de l'Europe fondé sur le partage de la Turquie, un plan où se révèlent en effet les plus vastes pensées, un plan à la Napoléon. C'est pourquoi sans doute le ministre prussien compta sur son succès. La Turquie étant dans une décadence évidemm-ent mortelle, il n'était que sage de hâter le destin, et d en profiter pour résoudre les plus grands problèmes de l'équilibre européen. Donc la Russie aurait la partie orientale de la péninsule des Balkans, l'Autriche la partie occidentale, la France prenant la Grèce et les Iles. Ainsi la Russie et l'Autriche pourraient abandonner leurs parts de Pologne. Gomme l'empereur Napoléon paraissait tenir à la reconstitution de la Pologne autant qu'à la domination de la Méditerranée, la Pologne en effet serait refaite autour de Varsovie, au profit du roi de Saxe dont les ancêtres y avaient déjà régné, et la
Driailt. — Tilsit. II
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Prusse enfin, en échange de ses provinces polonaises, aurait la Saxe \ On ne peut nier que ce plan ne fît honneur à l'imagination etau patriotisme de M. de Hardenberg. Il restait à savoir s'il s'accorderait avec les desseins de 1 Empereur des Français.
En attendant, l'armistice franco-russe était conclu le 21 juin, pour un mois. Il annonçait qu'un armistice séparé serait négocié entre l'armée française et l'armée prussienne, et que Sa Majesté 1 Empereur des Français et Sa Majesté l'Empereur de Russie nommeraient dans le plus bref délai des plénipotentiaires munis des pouvoirs nécessaires pour négocier, conclure et signer la paix définitive entre ces deux grandes et puissantes nations "".
Lobanof fut alors reçu par l'empereur Napoléon qui le garda à dîner et le traita dans les termes de la plus affable cordialité : « Napoléon, écrivait-il lui-même au tsar, ayant demandé du Champagne et en ayant versé à soi-même comme à moi, trinqua son verre avec le mien et but à la santé de Votre Majesté Impériale. Le repas fini, je restai en tête-à-tête avec lui presque jusqu'à neuf heures. Il était gai et prolixe à l'infini, me répétant plus d'une fois qu il avait toujours été dévoué à Voti'e Majesté Impériale, qu'il tenait en haute estime ; que l'intérêt réciproque des deux Etats exigeait une alhance entre eux, et que, quant à lui, il n'avait 'jamais eu de NTies hostiles à la Russie. » Même, Napoléon amena Lobanoi près d'une table sur laquelle était étendue la carte de l'Europe, et, lui montrant du doigt le cours de la Vistule, il s'écria : « Voici la limite entre les deux empires. Votre maître doit dominer d'un côté, moi de l'autre^. »
C'était le commencement de l'entreprise de séduction qui est le tout de l'entrevue de Tilsit.
1. Ranke, Mémoires de Hardenberg, III, 58-464. — A. Vandal, I, 71. — A. Sorel. VU, 171.