Correspondance de Napoléon, XV
l8o TILSIT
Majesté et moi le jugerons convenable... J'ai cherché à concilier la politique et l'intérêt de mes peuples avec l'extrême désir que j'ai d'être agréable à Votre Majesté. »
C'est le plan d'ensemble des traités qui devaient être signés.
La note jointe, sur Corfou, est particulièrement expressive :
« La Russie n'a aucun intérêt à conserver cette position. Corfou, qu'elle n'a jamais considérée que comme un point d'appui dans ses projets sur la Turquie et dans ses communications avec les Grecs, l'Albanie et les côtes voisines, est séparée de toutes ses possessions, jetée dans une autre mer, dispendieuse et difficile à approvisionner et à défendre. Il pouvait entrer dans l'ancien système de la Russie de chercher à environner de ses forces la Turquie d'Europe ; mais la Russie et la France ne séparant plus leurs intérêts politiques, et s'étant proposé de ne s'occuper de l'empire ottoman que de concert entre elles, les motifs qu'avait eus la Russie pour conserver cette possession éloignée ne subsistent plus. Ce n'est pas la situation de l'Albanie, du Monténégro, de toute la Turquie occidentale qui doit attirer l'attention de la Russie. Les provinces contiguës à ses domaines auront toujours pour elle un intérêt plus direct ; la mer Noire est bordée des possessions russes, l'Adriatique des possessions françaises. Les diflérences de position permettent qu'en exerçant de concert leur influence, les deux puissances n'aient jamais de conflit d'intérêt entre elles.
« Il serait donc à la fois et dans leurs vues d'union et dans le meilleur système de défense que la ville et la forteresse de Corfou fussent en la possession de la France \ »
Si la déduction n'est pas impeccable, elle révèle du moins
1. Ranke, Mémoires de Hardenberg, III, 53o. — Tratchevski, Rapports de la France et de la Russie, IV, 58-6o.
avec clarté le dessein d'éloigner la Russie de la Méditerranée,
Mais continuons notre dépouillement.
Le 4 juillet, Alexandre répond à Napoléon' ; il accepte les bases proposées, sauf quelques réserves qu'il n'indique pas, où il fait allusion surtout à la situation malheureuse de la Prusse. L'indication est précisée plus loin.
Le même jour, lettre de Napoléon, plus explicite en effet ; en voici quelques passages ■ :
« Les relations géographiques, dans la situation actuelle des choses, sont tout aussi favorables (entre la France et la Russie) que les relations de commerce, tellement que, même en état de guerre, les deux puissances ne savent où se rencontrer pour se battre... ; de sorte que, pour chercher des raisons d'animosité et de refroidissement entre nous, il faut avoir recours aux choses les plus abstraites et les plus imaginaires .
« ... Les pays situés entre le Niémen et l'Elbe seront la barrière qui séparera les grands empires et amortira les coups d'épingle qui, entre les nations, précèdent les coups de canon.
« La protection de l'empereur Alexandre fera rentrer le Roi de Prusse dans la possession de tous les pays qui bordent les deux Haffs,qui vont depuis les sources de l'Oder jusqu'à la mer... Mais l'empereur Alexandre est trop juste pour vouloir exiger que le pays de Hildesheim, qui coupe en deux les Etats qu'on est convenu d'adjuger au roi de Westphalie, soit restitué à la Prusse, qui ne le possède que depuis très peu de temps. Il reste donc 3 à 4oo milliers d'âmes sur la rive gauche de l'Elbe qui, s'ils étaient restitués à ce prince, le mêleraient avec les princes de la Confédération et produi-