I. Correspondance de JS'apoléon, XV
LES ENTRETIENS DE TILSIT l83
En tout cela, il n'était pas question de l'Orient. Celait un terrain réservé, au sujet duquel pourtant quekpies conclusions devaient intervenir dans les traités définitifs.
Le fond du débat portait évidemment sur la Pologne et sur la Prusse,
Le point de départ nous manque ; il est dans le secret des entretiens préliminaires ; verba volant. Qui parla le premier de la reconstitution de la Pologne, sous la forme du grandduché de Varsovie ou autrement ? Le général Schilder ^ affirme que l'idée vint d'Alexandre, que c'est l'empereur de Russie qui conseilla à Napoléon de fonder le grand-duché et même de le donner à son frère Jérôme. Cette opinion ne s'appuie pas de documents qui puissent suffire à enfairedisparaître Tinvraisemblance : peut-être fut-elle mise en circulation pour rallier les Polonais à la Russie par quelque sentiment de reconnaissance ; en vain d'ailleurs : ils demeurèrent ingrats. En suggérant une telle idée, le tsar risquait de perdre à son tour ses territoires polonais : comment eùt-il lui-même conseillé la création d'un foyer où le sentiment national des Polonais ne pouvait pas manquer de se réchauffer? Sil en était ainsi, pourquoi, dès le lendemain de Tilsit, se serait-il tant inquiété de cette renaissance de la Pologne.
Bien plutôt les Polonais purent craindre un moment d'être abandonnés par Napoléon à la Russie', d'être sacrifiés à la pensée de l'alliance franco-russe.
Mais Napoléon ne voulut pas renoncer à cette importante position stratégique, qui s'était constituée d'elle-même par le soulèvement spontané des Polonais ; elle lui était précieuse pour surveiller et séparer l'Autriche et la Prusse, pour tenir en respect la Russie ; elle était un élément essentiel de notre vieille barrière de l'Est.
1. Schilder, L'empereur Alexandre ^'^ II, 198-200. — M. Handelsman, Napoléon et la Pologne, 129-132.