‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 92 sur 235 · Handelsman, 12 j · texte numérisé non relu

Handelsman, 12 j

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L'empereur de Russie le dut admettre : c était le fruit principal des victoires d'Iéna et de Friedland. Peut-être, imbu des idées de Czartoryski, eut-il l'espérance que le duché de Varsovie, dès lors séparé de la Prusse, tomberait plus aisément en son pouvoir.

Il fut sans doute convenu dès le principe entre les deux empereurs, que le grand-duché de Varsovie serait donné au roi de Saxe. Alexandre y consentit volontiers : les rois de Saxe avaient régné sur la Pologne au xviii^ siècle, et ils ne s'étaient pas refusés à servir la politique russe.

Fut-il sérieusement question de marier Jérôme Napoléon avec la princesse héritière de Saxe, de façon à lui assurer la succession de Pologne ? Le mariage de Jérôme avec Catherine de Wurtemberg était arrêté depuis longtemps. Napoléon écrivait à Eugène le 29 juillet 1 80 j : « J ai arrêté, il y a un an, le mariage du prince Jérôme avec la princesse Catherine de V^^urtemberg \ » Que si Ton objectait que cette lettre est postérieure aux négociations de Tilsit, nous citerions une correspondance de Durant, ministre de France à Stuttgart, rapportant une conversation de la princesse Catherine qui, avant l'entrevue de Tilsit, annonçait à une amie son prochain départ et lui donnait rendez-vous à Paris ". Il est permis de supposer que Napoléon, dans ses premiers entretiens avec le tsar, laissa entendre, pour tâter le terrain, que son frère Jérôme pourrait épouser la princesse de Saxe ; que le tsar montra de l'émotion devant une telle perspective ; qu'alors Napoléon eut l'air d'y renoncer, pour s'en faire un mérite, écrivant au tsar dans sa note du 4 juillet : « En réfléchissant sur cette question, l'empereur Napoléon est prêt à déclarer, dans un article secret, que ce mariage, que Ton a cru être dans sa pensée, n'est point dans sa politique, et

1. Correspondance de Napoléon, XV, 449- Cf. ci-dessus, p. 33.

2. Aff. Etr., Correspondance de JVurtemberg , vol. 43, f'' i34.

LES ENTRETIENS DE TILSIT iS'i

que, quand il y eût été, il y aurait renoncé du moment que la conséquence immédiate serait de placer le trône de Varsovie presque dans ses mains. La politique de l'empereur Napoléon est que son influence immédiate ne dépasse pas l'Elbe; et cette politique, il l'a adoptée, parce que c'est la seule qui puisse se concilier avec le système d'amitié sincère et constant qu'il veut contracter avec le grand empire du Nord ' . »

Cette apparente modération lui permit de ne pas céder sur la question de Prusse.

Il semble que Napoléon ait formé le dessein de ruiner totalement la Prusse, de la réduire à un tel état qu'elle ne fût plus « une puissance dans la balance politique de l'Europe ». Ainsi s'explique l'offre première qu'il faisait au prince Lobanof de la ligne de la Vistule.

Cest un fait évident que la Russie ne voulut pas dépouiller la Prusse et qu'elle sauva son existence politique ; que c'est par considération pour l'empereur Alexandre que Napoléon reconstitua jusqu'à un certain point la puissance prussienne. Il faut rendre cette justice au tsar comme Frédéric-Guillaume la lui rendit. Il est vrai que lorsqu' Alexandre demandait quelque chose pour la Prusse à l'ouest de l'Elbe, il espérait lui-même s'approcher davantage de la Vistule, comme il advint en i8i5. Il est vrai qu'en sauvant la Prusse, il tenait surtout à maintenir une forte barrière entre l'empire français et l'empire russe. Sa politique fût-elle en l'occurrence plus intéressée ou plus généreuse ? Il n'importe. Que si elle fut plus intéressée, l'existence de la Prusse n'en était que mieux garantie ^.

Ainsi le débat que nous pouvons saisir sur pièces à Tilsit, porta surtout sur la Pologne et sur la Prusse ; il se résolut

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